Culture - Editoriaux - Médias - Société - 2 juin 2015

Collèges et lycées à l’heure du tchip

Qu’est-ce que le tchip ? Evidemment, comme il fallait s’y attendre, personne ne sait. Bien.

Le tchip, bande d’ignares, est un bruit caractéristique de succion de la bouche originaire des sociétés créoles et africaines. Plus souvent employé par les femmes, il est censé exprimer le mépris, la désapprobation, l’insulte… Selon Christiane Taubira, qui a eu recours à ce bruitage au cours d’une interview pour répondre à ses détracteurs du Front national, le tchip est un concentré de dédain. Et voilà pour la définition qui me propulse d’un coup grand favori pour la Coupole, immortel d’un instant à l’autre.

Ce tchip, dont chacun connaît désormais la signification, se répand dans les classes de collège et lycée (oh, quelle surprise !), exaspérant professeurs, directeurs et sans doute quelques cancres incommodés par ce bruit perturbateur de sommeil.

Au premier rang des frondeurs anti-tchip : Éric Bongo, proviseur adjoint du lycée des métiers Charles-Baudelaire à Évry, qui a décidé de bannir ce son de mépris au sein de son établissement. D’origine béninoise, l’homme connaît son sujet. Élu contestataire en chef par des médias terrorisés à l’idée de passer pour d’affreux racistes, le quasi-proviseur clame haut et fort sa désapprobation : « Le tchip est interdit au lycée, comme toute insulte, car c’est une insulte. » À la limite d’être taxé de suppôt de la haine, mais sauvé in extremis par sa couleur de peau, il ajoute : « 80 % des élèves, dans certaines classes, sont noirs. Il faut qu’ils se débarrassent de certains codes culturels qui sont inappropriées au monde scolaire et au monde de l’entreprise. »

Convaincre plus des trois quarts des élèves d’abandonner leurs codes culturels. La tâche est immense. Pourquoi ne pas leur demander de devenir blancs, pendant qu’il y est. Avec 100 % d’élèves noirs, les classes seraient semblables à celles du Sénégal ou de Côte d’Ivoire, et le tchip mieux toléré. Encore un effort, que diable ! Puis, une fois l’Afrique complètement vidée de ses habitants, les ados d’origine française iraient suivre les cours des lycées de Dakar ou d’Abidjan dans lesquels tout tchip aurait disparu. Le problème serait ainsi réglé facilement.

Ensuite, il faudra se demander pourquoi ces codes culturels sont si souvent négatifs. Mais la question dépasse les compétences d’un futur académicien.

Le développement de ce sujet est, par conséquent, confié aux lecteurs qui ne manqueront pas d’expliquer le phénomène avec pertinence. Durant la rédaction de ces commentaires, aucun tchip ne sera toléré. Qu’on se le dise !

https://www.youtube.com/watch?v=VBSPj7WABos

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