Un mythe scolaire vient d’être gommé d’un coup sec. Après une lente agonie, il semblerait bien que la flûte à bec ait rendu son dernier souffle. L’enquête traditionnelle de Familles de France sur le coût des fournitures scolaires ne l’inclut même plus dans son « panier type » de l’élève. Les collèges du pays ne résonneront donc plus de ces notes rouillées qui faisaient le charme incertain de notre adolescence boutonneuse. Au cimetière de l’école d’antan, la flûte désenchantée rejoint la trique, le bonnet d’âne et le tableau noir. On la couchera sur une vieille blouse Vichy, tout près d’un bon point coloré. Amen.

Victime sans doute du syndrome « The Voice », la désuète flûte collégienne avait déjà pris un sévère coup dans le bec après le film Les Choristes, qui avait remis le chant à l’honneur. En 2008, les nouveaux programmes de l’Éducation nationale lui avaient déjà fait un sort. À l’époque, Jean-Luc Ivray, inspecteur pédagogique régional chargé de la musique dans l’académie de Grenoble, remettait en cause son intérêt pédagogique dans : « Quel est l’objectif poursuivi ? Leur apprendre un instrument ? Nous n’en avons pas les moyens, et il y a les écoles de musique pour ça. Leur apprendre le solfège ? Ce n’est pas notre rôle. Et heureusement, car sinon, quel échec ! Non, notre rôle est plus limité et beaucoup plus ambitieux. Leur faire découvrir la musique. Leur apprendre à écouter, les sensibiliser à des répertoires variés et les aider à utiliser l’instrument le plus naturel : la voix. »

Dorénavant, les nouveaux cours seront donc axés sur l’organe sonore des élèves. Les pédagogues donnent leurs arguments, parfois saugrenus, afin d’expliquer ce changement « historique » : « J’estime qu’apprendre à utiliser sa voix est bénéfique dans tous les domaines de la vie, déclare Rachel Roguin, professeur de musique à Saint-Denis, dans Le Figaro. Ne pas avoir la voix qui tremble quand on s’exprime en public ou lors d’un entretien d’embauche, ce sont des compétences utiles à tous ! » On y vient. L’entretien d’embauche ! Il fallait le trouver, le chaînon manquant entre les cours d’éducation musicale et le marché du travail…

La flûte au collège, ne la pleurons pas néanmoins. Ce tube délétère symbolisait bien souvent l’échec patent du collège unique : enseignement coupé des réalités, profs coincés et élèves morts d’ennui. Je me souviens de ma prof, au nom polonais imprononçable, qui nous faisait jouer « Capitaine abandonné » de Gold tous en chœur. Nos doigts indécis se baladaient au hasard des trous et le concert diabolique devait la rendre folle à lier…

Véritable OVNI du système scolaire, la flûte nous a cassé les oreilles pendant de précieuses années ; cette épreuve du son est reléguée aux oubliettes. Pour une fois, on ne jouera pas les réacs.

21 août 2014

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