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Editoriaux - Histoire - Livres - Société - 20 septembre 2017

Colbert rayé d’un trait de plume pour esclavagisme ?

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Le président du CRAN (Conseil représentatif des associations noires) et le philosophe Louis Sala-Molins appellent à débaptiser les établissements publics portant le nom de Colbert et à déboulonner les statues de l’illustre ministre de Louis XIV.

Si un homme désirant se racheter une réputation doit nécessairement agir et faire le bien, faute de quoi sa profession de foi serait vouée à rester lettre morte, un pays qui veut recouvrer une dignité ne peut, en revanche, pas faire un trait sur un passé qu’il juge incompatible avec ses idéaux.

La France est un cas d’école : adulée et admirée dans le monde entier, elle est et restera à jamais le pays des droits de l’Homme.

Au sein de ses frontières, des voix s’élèvent pourtant, vulgaire écho sans doute du vent de protestation “antiraciste” qui s’est déclenché aux États-Unis et qui a emporté sur son passage… des statues.

Une nouvelle victime est désignée à comparaître devant le tribunal de la bien-pensance avant de mourir sur l’échafaud de la tolérance et de l’Histoire lue, revue et corrigée : Colbert.

Vulgaire ministre du roi Louis XIV, économiste défaillant et pingre, à la devise particulièrement réactionnaire, voire nationaliste (“pro rege saepe, pro patria semper”), Colbert a commis l’erreur grossière de ne pas être en avance sur son temps en ne se prononçant pas de toutes ses forces contre l’esclavage. Il a préféré, piétinant le bon sens naturel et la vertu, réglementer le statut des esclaves dans les colonies françaises en accouchant du Code noir.

Qu’à cela ne tienne, clame , le président du CRAN, puisque tu es si attaché à ce statut, nous allons démolir les tiennes ! Pourquoi ornent-elles encore avec tant de panache et d’arrogance les murs de notre France humaniste et égalitaire ?

Accordons à monsieur le président du CRAN qui, dans notre belle France, n’a pas d’alter ego pour diriger un “Conseil représentatif des associations blanches (CRAB ?)” que des statues peuvent aisément heurter la sensibilité des plus jeunes, non formés à la même école que leurs aïeux.
Il est vrai qu’à la fierté nationale a succédé, moins glorieuse mais davantage prisée, la repentance nationale

Mais alors, qu’attendons-nous pour brûler les livres de ces maudits philosophes grecs, Platon et Aristote en tête, qui vivaient dans des sociétés esclavagistes ?

Le grand combat des antiracistes qui, à défaut d’écrire l’Histoire comme nos ancêtres, en effacent des chapitres entiers serait alors de construire une humanité renouvelée, aux péchés absous. Il ne suffit pourtant pas de couper la tête ni de tordre le cou à de prétendus vieux démons pour acquérir une pureté angélique, originelle.

L’Histoire doit pourtant permettre d’être fier de son pays.

Arrivé au pouvoir, Napoléon clama haut et fort qu’il acceptait tout : de Clovis au Comité de salut public, de Clovis à la Terreur. Deux siècles plus tard, l’Histoire se répète pourtant, et de nouveaux Robespierre se présentent en accusateurs publics.

Mais ces derniers ne savent pas qu’il est grand d’être petit : l’Histoire est faite de sang, de pages sombres, d’éclatants personnages. La France ne déroge pas à la règle.

Ne faisons pas de son passé un ciel bleu azur, ni une page blanche, encore moins une mare rouge sang.