Clinton gagne l’investiture… et Trump réduit à néant tous ses avantages

Trump devrait le savoir : le ralliement des républicains à sa campagne ne tient qu’à un fil. Le risque d’une alliance entre ces derniers et Hillary Clinton est réel. Elle a besoin d’eux, privée qu’elle sera du report d’une grande partie des voix de Sanders ; les néocons ont besoin d’elle, forte de ses réseaux internationaux, et de son programme hégémonique. Son message de victoire dans la nuit du 7 au 8 juin s’adressait clairement aux électeurs républicains et indépendants : Donald Trump est un cas psychiatrique, rejoignez-moi en novembre.

Ça pourrait marcher. Trump vient de réduire à néant tous ses avantages, avec son dérapage sur le juge Gonzalo Curiel. Explication : la Trump Organization avait fait l’objet d’un recours collectif au motif que sa « Trump University » n’avait pas livré comme promis à ses clients les « secrets du succès » de Donald Trump. Ce dossier sulfureux passait chez un juge californien, Gonzalo Curiel, qui vient de refuser de classer l’affaire.

Trump aurait pu relever que la fondation Clinton a elle aussi créé – avec Soros – une « Université », elle aussi considérée comme une imposture par certains de ses usagers, ou que le juge Curiel est un démocrate, que son cabinet a payé des honoraires astronomiques à Hillary pour un discours, et qu’il est membre d’un groupe d’avocats pro bono, « la raza » (la race), qui suit les délinquants et clients latinos. Les avocats de Trump auraient pu aisément demander le désistement du juge dans ce dossier, comme l’a laissé entendre Alberto Gonzales, ancien ministre de la Justice de George Bush. Mais Trump n’a pas fait ses devoirs. Il exige simplement que le juge, citoyen américain, se récuse « parce qu’il est mexicain ». Et il en rajoute, piégé par un journaliste : idem avec un juge musulman. Puisque ces deux communautés, haïssant sa politique, ne sauraient être impartiales.

Jusqu’à présent, son discours présentait l’immigration sous le prisme de l’économie, de la criminalité ou du terrorisme.

Ici, le piège racial se referme sur ce langage communautaire… alors que le Berlusconi en lui voulait probablement intimider un juge en usant de sa campagne au profit d’une affaire privée. D’où la colère des fidèles traditionnels de Trump, comme Newt Gingrich, Laura Ingraham, Ben Carson, O’Reilly. Sans parler de celle de tous les « ralliés » de Fox News qui commençaient à y croire depuis début mai, maintenant furieux de ce manque de concentration à un moment crucial. Alors que Trump avait tout pour réussir : un programme simple et facile à retenir, de gauche ou de droite selon les sujets (donc difficile à contrer pour Hillary), le contrôle récent de l’appareil républicain et des élus, et surtout les kilomètres de vidéo démontrant la haine raciste de ses adversaires, ou encore les récentes violences physiques sur ses supporters femmes (les oubliées d’Hillary), sans oublier un rapport accablant du département d’État sur le serveur de Hillary Clinton, et le film Clinton Cash présenté à Cannes. A-t-il exploité cela ? Non. Un mois de perdu…

Cette affaire risque de se terminer en mutinerie lors de la convention républicaine. La seule chance de Trump sera de se concentrer sur la démolition de Hillary Clinton, et sur la séduction des voix de gauche. Pour le reste, son entourage serait avisé de l’interdire de micro. À moins que la convention n’insère un Gingrich qui capitalisera sur son travail, rassemblera… et gagnera l’élection.

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