Editoriaux - Histoire - Société - 28 mai 2015

Claude Guéant : « Quel con j’ai été de garder les factures ! »

Eh oui, le délit de sale gueule existe pour tout un chacun. Le Mouloud de banlieue, forcément dealer. Le Christian, élu du Sud, avec ses costards voyants et sa syntaxe approximative. Et désormais le Claude ; Claude Guéant, évidemment, ancien ministre de l’Intérieur et ex-grand vizir élyséen.

Il est un fait que le présumé innocent a tout de même la tronche de l’emploi, avec sa frime de chef scout libidineux, d’abbé de cour constipé et de tripoteur de sacristains. Il entendait naguère incarner la grandeur de l’État, se voulant le Colbert de Sarkozy ; il n’était en fait que le Rantanplan d’une pâle imitation de Lucky Luke.

Et notre chanoine, à la tête aussi triste qu’un repas sans vin, d’être renvoyé en correctionnelle. Pour cette fois, on ne parle pas de ses goûts d’artiste – soit ces deux croûtes hollandaises, achetées au prix du Canigou et revendues en Indonésie à celui de l’or fin (500.000 euros, tout de même) sans que l’on puisse retrouver l’ombre du moindre acheteur. Non, il s’agit seulement là de l’argent de l’État ; celui du contribuable, donc.

Car, Place Beauvau ou à l’Élysée, le bonhomme a brassé beaucoup d’argent ; des fonds secrets. Lesquels, en tant que premier flic de France, servent à rémunérer, en liquide, les indicateurs ou à discrètement financer des opérations ayant vocation à demeurer… secrètes. Les mêmes cagnottes, gérées par l’Élysée, sont censées arranger des affaires encore moins publiques. Rien de nouveau sous le soleil. Sauf que là, le Cloclo en question se mettait directement l’oseille de l’État dans sa fouille à lui.

Et notre zèbre, non content d’être indélicat, était de plus imprudent. À en croire Le Monde de ce mercredi : « C’est une perquisition, effectuée le 27 février 2013, dans le cadre de l’instruction sur un supposé financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, qui a permis aux policiers de découvrir chez M. Guéant une série de factures suspectes. » Là, évidemment, on n’entre pas dans l’Histoire avec un grand “H”. Ainsi, les factures incriminées concerneraient, toujours à en croire ce fameux quotidien vespéral, « 9.757 euros chez Darty, 10.000 aux cuisinistes Chartier, 1.860 euros aux meubles Rambault, 13.600 euros à la société Esprit Maison… » Soit 47.434 euros de nos sous utilisés à son seul profit personnel, entre 2006 et 2009.

Mieux, et si Le Monde dit vrai, du temps des fastes élyséens, 12.000 euros de liquidités lui tombaient chaque mois dans la poche et il en gardait 5.000 pour lui. Le gag, c’est que l’ex-premier flic de France se fait poisser comme un débutant, puisque mis à son tour sur écoute téléphonique ; le comble pour cet amateur de petites bretelles et de grandes oreilles. Résultat de ces dernières : « Quel con j’ai été de garder des factures ! Franchement… »

On ne le lui fait pas dire. Tomber pour un ticket de caisse de chez Darty… « Quel con »… Oui, c’est le mot. Et l’épitaphe.

On ne peut pas être et avoir été, dit le proverbe. Le problème de Claude Guéant, c’est qu’il ne fut jamais. Faut dire qu’avec une gueule de carême comme la sienne, c’est déjà miracle que Dieu lui ait permis de respirer aussi longtemps.

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