Les classes préparatoires faisaient grève hier. Un mouvement très suivi. Jean-Rémi Girard, secrétaire national à la pédagogie du SNALC (Syndicat national des lycées et des collèges), s’en explique pour Boulevard Voltaire.

Vincent Peillon souhaite augmenter les heures de cours des professeurs de classes préparatoires et diminuer leur salaire pour en redistribuer les « recettes » aux enseignants des ZEP. Du nivellement par le bas ?

Prendre aux professeurs des classes préparatoires pour « donner » à une autre catégorie de professeurs, c’est une réforme complètement délirante. On ne peut pas baisser du jour au lendemain les salaires d’une catégorie professionnelle d’environ 15 % ! Ce n’est pas tolérable. Le dossier n’a pas été sérieusement examiné car les spécificités du travail des professeurs en classes préparatoires ne sont pas du tout reconnues dans les mesures envisagées par Vincent Peillon.

Après les mauvais résultats PISA rendus publics la semaine dernière, n’y avait-il pas plus urgent que de s’en prendre ainsi à ce qui est perçu comme la formation des élites en France ?

Quand on parle d’élite, il faut rappeler que les classes préparatoires accueillent 30 % de boursiers. Il s’agit d’une élite certes, mais méritocratique. Nous représentons l’échelon du système scolaire qui fonctionne bien. Il vaudrait mieux s’occuper des échelons qui dysfonctionnent – le primaire et le secondaire – plutôt que de taper sur les professeurs des classes préparatoires rémunérés à la juste hauteur du travail qu’ils accomplissent.

Justement, quelle est la réalité du travail d’un professeur de classes préparatoires ? Dix heures de cours par semaine, ça fait rêver…

Mais les heures de cours que ces professeurs assurent sont une part minime de leur travail ! Le travail de préparation de ces heures est énorme ! Prenons l’exemple des classes préparatoires littéraires : le programme change tous les ans avec trois à cinq œuvres différentes qu’il faut étudier, dont il faut connaître toute la critique et pour lesquelles il faut « monter » tous les cours chaque année. En outre, les classes préparatoires sont souvent des classes de 45, voire 50 élèves et chaque fois que vous faites un devoir, c’est autant de copies à corriger, multipliées par une douzaine ou une quinzaine de pages chaque fois. Le travail de correction est énorme ! Ajoutez à cela l’accompagnement individuel, l’entraînement à l’oral : contrairement à ce qui est laissé entendre, le travail est gigantesque et les professeurs ne comptent pas leurs heures ! Ils en fournissent en fait beaucoup plus que ce qu’il leur est demandé et ils aimeraient bien que cela soit reconnu.

Corriger la copie d’un élève de classe préparatoire en littérature prend combien de temps ?

Entre 30 et 40 minutes. On ne se borne pas à mettre une note et trois mots d’appréciation…

C’est la même chose dans les matières scientifiques, ou pourrait-on distinguer entre les matières ?

Non, c’est la même chose pour tous les professeurs de classes préparatoires : ils travaillent tous énormément.

Comment expliquez-vous que Vincent Peillon s’en prenne subitement à ces classes ?

On ne se l’explique pas très bien, d’autant que les marges budgétaires qu’il dégagerait avec un tel projet seraient extrêmement faibles : on parle de 7.000 professeurs environ. On ne risque pas de renflouer le budget de l’Éducation nationale avec cette mesure. Cela représente moins de 0,01 % du budget… On imagine que le ministre a pensé que les professeurs de classes préparatoires seraient trop polis pour réagir, qu’ils n’avaient pas l’habitude de manifester ou de revendiquer et qu’il allait pouvoir faire passer ses mesures très facilement. Mais nous ne sommes pas d’accord !

Peut-être est-ce une mesure symbolique pour lui ?

En effet, une volonté de monter les professeurs de classes préparatoires contre ceux du secondaire et du primaire et de les faire passer pour des nantis ou des privilégiés. Or, un professeur de classes préparatoires, c’est une agrégation (au minimum) et souvent un doctorat. Ils sont fréquemment recrutés à Bac + 8. On ne peut pas leur reprocher d’avoir une rémunération qui correspond à cette spécialisation. D’ailleurs, il s’agit des grilles de salaires légales et normales de l’État…

Quelle est la priorité à laquelle devrait s’attaquer Vincent Peillon pour réformer efficacement l’enseignement en France ?

Il devrait s’attaquer en priorité au primaire et au collège. Il faut renforcer l’enseignement des fondamentaux et mettre le paquet sur le français et les mathématiques.

La réforme des rythmes scolaires est utile ?

Ça ne sert à rien. Ce qu’il faut réformer, c’est ce qui se passe dans les classes, dans les cours et dans la formation des professeurs. Certainement pas de savoir si on sort à 16 h 15 ou à 16 h 45…

9 décembre 2013

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