Hillary Clinton a choisi, vendredi, pour vice-président potentiel un catholique pratiquant, hostile à l’avortement à grande échelle, défenseur du libre-échange, favorable à la déréglementation des banques, parlant couramment l’espagnol. Bref, tout le contraire de Bernie Sanders…

Terne, le sénateur Tim Kaine apportera en dot son État de Virginie, dont elle a tant besoin. Madame Clinton tient ainsi les électeurs de Sanders pour acquis : selon un sondage Pew Research Center de début juillet cité dans The Hill, 85 % des électeurs de Sanders se rallieraient ainsi à son costume Armani. Elle est peut-être exagérément optimiste. Les tout récents WikiLeaks montrent, en effet, à quel point la patronne du parti démocrate, madame Wasserman Schultz, avait pipé les dés contre Sanders : fureur récente de cet électorat contestataire, qui risque de ne pas apprécier la droitisation du tandem Clinton-Kaine…

Reince Priebus, le président du Parti républicain, a immédiatement réagi :

“Après avoir passé deux semaines à racoler la base démocrate en compagnie de Bernie Sanders, Hillary Clinton choisit quelqu’un qui a des positions qu’elle a passé son temps à doubler par la gauche… [pour] encore 4 années de corruption et de scandales.”

Trump n’est pas en reste, soufflant sur le feu :

“Tim Kaine a toujours été dans la poche des banques. Bernie Sanders s’est battu pour rien !”

Trump sait que seuls 10 à 15 % des électeurs de Sanders se reporteront sur lui au plan national. Mais, comme pour l’électorat de Clinton, il vise le « Rust Belt » ouvrier où les reports seront plus forts. Une telle situation, renforcée par la déprime abstentionniste des « mélenchonistes » purs et durs de Sanders, ou leur report sur les deux candidats libertaire et Vert, lui permettrait de gagner plus facilement les 270 délégués du collège électoral présidentiel ou, a minima, d’empêcher Hillary de les obtenir. Donc de se faire élire par la Chambre des représentants, présidée par Paul Ryan, ami intime de son colistier Mike Pence.

D’où le programme bipartisan d’élargissement présenté par Trump le 21 juillet, qui vise sécurité, prospérité et paix dans un monde en crise grave : un renversement des idoles, en somme. Les événements lui donnant quotidiennement raison, Trump a pu domestiquer l’establishment républicain qui commence à croire qu’il va non seulement gagner mais assurer un certain continuum sur la partie technocratique de leur programme, tout en plaçant les « bons » juges à la Cour suprême comme dans les 94 tribunaux fédéraux. Une façon de faire de l’idéologie sans le dire…

La convention de madame Clinton, qui commence lundi, donnera certes un échantillon de la litanie des panem et circenses promis à Sanders. Mais il lui faudra, surtout, déjouer l’effet de la convention républicaine : un sondage en direct, post-discours Trump, réalisé par CNN, montrait en effet que 56 % des spectateurs se sentaient prêts à voter pour lui, tandis 73 % le voyaient plus favorablement. Le sondage fut retiré des écrans quelques minutes après sa sortie.

La contre-attaque Clinton ? Présenter Trump comme un docteur Folamour inapte à la responsabilité présidentielle. Cela marchera-t-il ? Trump, déroutant prince de Serendip, est en effet difficile à suivre…

24 juillet 2016

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