[CINÉMA] Raison et sentiments, réadaptation d’un classique de Jane Austen

Illustration d’un conflit éternel entre la raison et la passion, le récit de Jane Austen se range du côté de la première
Capture d'écran YT
Capture d'écran YT

Jane Austen a toujours eu la cote auprès d’un certain public de cinéma et de télévision. Et pour cause : régulièrement portées à l’écran, ses œuvres ne cessent de nous rappeler que si la passion n’est pas née de la pseudo-libération des mœurs, dans les années 70, la raison, la délicatesse et la dignité ont jadis eu voix au chapitre. Rien de bien surprenant, alors, à ce que les derniers romantiques que compte notre époque, nostalgiques assumés, s’émeuvent encore devant ces amours codifiées, contrariées, teintées de formules d’usage et de vouvoiement cachant bien souvent une profondeur de sentiments que nous serions bien aise de retrouver aujourd’hui.

Réalisée par Georgia Oakley, la nouvelle adaptation de Raison et Sentiments (Sense and Sensibility), roman publié en 1811, a la lourde tâche de succéder au classique cinématographique mis en scène par Ang Lee en 1995. Un film magnifique, scénarisé par Emma Thompson, dans lequel la comédienne britannique donnait elle-même la réplique à Kate Winslet, à Hugh Grant et au regretté Alan Rickman.

Un propos à rebours de notre époque…

Le récit de Jane Austen nous raconte les infortunes des trois sœurs Dashwood et de leur mère, pratiquement déshéritées à la mort du père de famille et contraintes de quitter leur prestigieux domaine de Norland, dans le Sussex, pour s’installer dans un modeste cottage du Devonshire.

Alors que l’aînée des filles, Elinor, s’éprend d’Edward Ferrars, le frère de sa belle-sœur, pour lequel son idéal de pudeur et de dignité la conduit à réfréner ses sentiments et à taire sa douleur, sa sœur Marianne, au contraire, ne jure que par la passion et le mépris des convenances. À la fois bruyant et désordonné, son amour pour le volage John Willoughby ne lui apportera que déception et souffrance.

Illustration d’un conflit éternel entre la raison et la passion, le récit de Jane Austen finit par se ranger du côté de la première, après moult péripéties pour chacune de nos deux héroïnes. Cette victoire de la rectitude, de la maîtrise émotionnelle et de la discipline de soi, qui évoque les préceptes stoïciens, jure bien évidemment avec l’état d’esprit d’aujourd’hui où l’individu est constamment encouragé par la société libérale à écouter ses désirs égoïstes et à faire fi des usages, comme du bien commun.

Une nouvelle adaptation qui a ses atouts propres

Si la version d’Ang Lee faisait montre d’un réel talent dans la composition des cadres, similaires à des peintures, celle de Georgia Oakley, hélas, ne laisse pas suffisamment respirer les corps et se résume un peu trop souvent à une succession de plans sur les bustes et les visages. Cependant plus colorée, plus vive et plus rythmée, sans pour autant tomber dans le piège de la modernisation du texte ou des comportements, cette version de Raison et Sentiments n’a pas à rougir face à son aînée. Herbert Nordrum et Esmé Creed-Miles n’ont certes pas la présence d’Alan Rickman et de Kate Winslet, mais Daisy Edgar-Jones et George MacKay, dans les rôles d’Elinor et de Ferrars, donnent chacun la mesure de leur talent. Rendue célèbre par le mini-feuilleton irlandais Normal People, la comédienne britannique connaît là son premier grand rôle au cinéma et entame, à coup sûr, une belle ascension professionnelle similaire à celle de Paul Mescal, son partenaire du petit écran.

4 étoiles sur 5

 

 

Picture of Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

3 commentaires

Laisser un commentaire

Les fautes sur les pancartes résument tout l’échec de l’Éducation nationale