Entretien réalisé par Marie d’Armagnac.

6.000 films recensés dans votre Dictionnaire passionné du cinéma : quels ont été les critères de sélection de ces films ? L’émotion, l’esthétisme, le succès ?

Cette sélection est le produit de 15 années de critique de pour l’hebdomadaire , auquel j’ai adjoint un certain nombre de classiques choisis pour fournir un tableau, certes non exhaustif, mais que j’espère complet, de l’ du cinéma, toutes époques, continents et genres confondus, mais aussi en fonction de mes goûts, de mes tropismes, de mes fantaisies.

C’est un livre éminemment subjectif, fonction de mes goûts et de mes jugements, mais que j’ai essayé d’enraciner sur une forme d’objectivité : d’abord en explicitant toujours au maximum mes goûts et mes dégoûts, en explicitant le plus clairement possible la vision du monde au nom de laquelle ces jugements sont portés (que, pour faire court, on résumera en la qualifiant d’antimoderne), et en m’intéressant non seulement aux qualités formelles et émotionnelles des films, mais aussi en tâchant de juger leur qualité philosophique.

Si le Beau est la splendeur du Vrai, j’ai essayé de juger en quelle mesure (tâche ambitieuse, je le reconnais) ces différents films étaient vrais humainement, moralement ou spirituellement…

M’inscrivant en réaction contre une certaine tendance de la modernité qui privilégie la forme et délaisse volontiers le fond, j’ai voulu au contraire privilégier les œuvres qui font sens, celles qui nous apprennent quelque chose de la condition humaine et du monde tel qu’il va ou tel qu’il ne va pas. Ce qui n’implique pas nécessairement des films graves ou austères ! Je suis persuadé qu’il y a plus à apprendre sur la nature humaine dans une comédie de Lubitsch que dans un drame lourdingue des frères Dardenne.

En tout cas, j’ai essayé de considérer dans ce livre le cinéma comme un miroir du monde, une façon plaisante mais profonde de comprendre notre époque et de se comprendre soi-même.

Peut-on parler d’une certaine vitalité du cinéma français aujourd’hui ? Quels sont les nouveaux talents ?

Le cinéma français me paraît encore assez largement prisonnier du dogmatisme “auteuriste” de la Nouvelle Vague, et entre les films nombrilistes et poseurs qui en sont issus et les comédies lourdaudes tournées à la va-comme-je-te-pousse, façon Les Trois Frères ou Supercondriaque, il n’y a souvent pas grand-chose.

Il y a parfois, isolés, de très bons films, mais on peine à discerner des auteurs de l’importance de ceux du passé, les Renoir, les Duvivier, les Grémillon, les Truffaut (comme quoi tout n’est pas à jeter dans la Nouvelle Vague). J’en profite, tout de même, pour tirer mon chapeau à un cinéaste mésestimé, Denis Dercourt, auteur de très beaux films comme La Tourneuse de pages ou surtout Demain dès l’aube, toujours emplis d’une matière humaine très riche, dont il me semble qu’il n’a pas la reconnaissance qu’il mérite.

Ces jours-ci, qu’est-ce qu’il faut aller voir ?

Cristeros, bien sûr, très émouvant à la lutte héroïque des mexicains pour leur foi. Je citerai aussi Last Days of Summer, un beau drame intimiste de Jason Reitman, avec Kate Winslet et Josh Brolin, récit sur l’apprivoisement des contraires qui n’est pas sans évoquer le Clint Eastwood de Sur la route de Madison ou d’Un monde parfait. Un ton au-dessous, il y a aussi D’une vie à l’autre, un habile beau drame humain sur fond d’espionnage et de communisme, dans la lignée de La Vie des autres.

Dans la sélection du festival de Cannes, un film qui sort du lot ?

J’avoue attendre avec une certaine impatience le film de Mike Leigh, Mr. Turner : la vie du plus grand peintre britannique mise en scène par le meilleur cinéaste anglais actuel, l’auteur de All or Nothing, de Be Happy ou de Another Year, et incarnée par le formidable Timothy Spall : sur le papier, c’est très alléchant !

18 mai 2014

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