Mondialisation ou pas, culture main street ou exception culturelle, 3D ou Super 8, le cinéma reste toujours le plus extraordinaire témoin de l’esprit des peuples, ou peut-être le plus caricatural.

De Hollywood à Bollywood en passant par Cannes et ses prises de tête, on lit sur l’écran ce qui travaille nos sociétés au cœur et au corps. Chez nous, le conflit social et la crise existentielle des trentenaires bobos déçus par le socialisme de marché, chez nos amis d’outre-Atlantique la nécessité de se fabriquer une mythologie propre à justifier la mission qu’ils se sont fixée de « sauver le monde ». Le nouveau Superman de Zack Snyder, Man of Steel, sorti mercredi sur les écrans français, est dans cette veine.

La Warner nous emmène cette fois aux origines du héros, sur la planète Krypton promise à l’extinction parce que d’inconscients pompeurs d’énergie lui ont sucé le noyau. Bref, après des adieux déchirants à papa et maman que menacent le général Zod (Michael Shannon) et ses troupes, bébé Kal-El (qui deviendra Clark Kent, alias Superman) est envoyé sur Terre dans son couffin comme Moïse au fil de l’eau pour échapper à Pharaon.

Superman aurait pu atterrir dans la crèche entre le bœuf et l’âne gris. Il arrive dans une ferme de l’Arkansas, entre le tracteur et la herse. Et tout petit, déjà, il fait des miracles. Son papa lui dit de faire profil bas parce que le monde ne peut comprendre sa « différence ». Quand arrive l’heure de l’affrontement avec les méchants Kryptoniens qui ont réussi à traverser trous noirs et âge de glace, quand Superman va devenir Superman (Henry Cavill) et accepter, coaché par son papa (Russell Crowe), de donner sa vie pour sauver les Terriens qu’il aime tant, il est âgé de… 33 ans bien sûr.

Il y a deux choses intéressantes dans ce premier blockbuster de l’été. Intéressantes parce qu’elles nous en disent long sur l’Amérique de monsieur Obama. Une Amérique super-bushienne, en fait. La première est que ce Superman, en remontant à ses origines, en est en fait totalement sorti. Le Superman des Comics a disparu ; disparus, la distance, le second degré, pour entrer dans l’hyperréalisme des films catastrophe. L’Amérique a peur, super-peur dans un monde en super-danger et elle a pour se sauver ses super-dieux qui sont des super-héros. Voilà le deuxième point intéressant : Superman version 2013 est l’aube de cette mythologie 2.0 mâtinée d’évangélisme qu’on sent monter depuis le 11 septembre et qui sert à justifier toutes ces guerres intérieures et extérieures menées au nom du bien. Ce qui donne un film léger comme les tours qui s’effondrent en cascade, transpercées par les vaisseaux alien ou le couple Superman/Zod, autrement dit le Christ et l’Antéchrist, cape rouge et combinaison bleue acier pour l’un, même tenue noire pour l’autre.

Car ce galimatias de messianisme neuneu et de guerre des étoiles devient vite indigeste. Entre la musique assourdissante et l’interminable fracas des immeubles qui s’effondrent, des camions qui explosent et du feu de l’Apocalypse qui ravage la cité, on n’a qu’une envie : sortir, avant que Dieu sauve l’Amérique et que l’Amérique sauve le monde.

À ce propos, le Los Angeles Times a révélé que la Warner avait fait appel à une équipe de marketing spécialisée afin de mettre les fans du film en lien avec un site chrétien (manofsteelresources.com). On peut y télécharger des sermons sur le thème « Jésus, le super héros originel », ou « Jésus, plus fort encore que notre Superman »… Bref, business as usual. Sans doute faut-il voir là l’explication de la disparition d’un élément essentiel du costume de Superman : on n’imagine pas le Christ en croix rendant l’âme dans un slip rouge.

Partager

À lire aussi

« 6 à la maison » pour occuper le couvre-feu

Combien nous coûte ce monument de vacuité à la sauce bobo ? En ces temps de crise sanitaro…