La situation est grave pour Lady Susan Vernon.

Devenue veuve prématurément, son époux ne lui a laissé qu’une fortune sur le déclin et une jeune fille innocente à marier. Pâtissant d’une réputation exécrable d’intrigante aux mœurs légères, elle s’adjoint l’aide d’une amie loyaliste américaine afin de séduire deux bons partis et, ce faisant, d’assurer son avenir et celui de sa fille.

Pour son cinquième long-métrage, le réalisateur Whit Stillman choisit de porter à l’écran Lady Susan, roman épistolaire de de Jane Austen dans la veine d’Orgueil et Préjugés ou Raison et Sentiments, bien que le titre définitif renvoie, lui, à un autre récit de l’auteur : la nouvelle Love & Friendship.

Le réalisateur réunit alors pour l’occasion Kate Beckinsale, déjà familière de Jane Austen depuis son rôle principal dans le téléfilm Emma (1996), et Chloë Sevigny, qu’il avait une première fois dirigées ensemble dans Les Derniers Jours du disco (1999).

Avec Love & Friendship, Austen poursuit sa critique habituelle des romans sentimentaux et dépeint avec âpreté la haute anglaise du XVIIIe siècle à travers le personnage de Lady Susan, dont le degré d’opportunisme et de finasserie – proportionnel à sa beauté et à son pouvoir de séduction – n’est pas sans évoquer la Merteuil de Laclos. Lady Susan, à en croire son pragmatisme froid et ses reparties aussi fines que puantes, a en effet parfaitement assimilé les logiques de l’intérêt personnel. En témoignent ses deux prétendants fortunés, aux avantages divers et concurrents : l’un se montre plaisant bien qu’excessivement fleur bleue, et l’autre hardiment stupide mais confortablement manipulable. Dans l’ombre, cependant, un troisième homme, inaccessible puisque marié, et n’ayant donc à offrir que son charme ténébreux. Celui-ci n’occupera au mieux que la couche de Lady Susan, faisant office d’amant secret lorsque le choix de Madame se sera porté sur l’un des deux autres…

Le ton du film, sous des dehors théâtraux, se veut résolument caustique, puisque reposant essentiellement sur son personnage principal – magnifiquement campé par Kate Beckinsale –, d’une prétention et d’une désinvolture sans pareilles qui confinent au cynisme. En cela, Love & Friendship nous rappelle vaguement le de , qu’une esthétique à la Barry Lyndon rapprocherait superficiellement de Kubrick (sans le génie)…

Hélas, l’introduction laborieuse des personnages secondaires au début du film (façon catalogue, avec intertitres), décourageant le spectateur par leur nombre, a pour conséquence de retarder son adhésion au récit et sa compréhension de l’histoire. Sitôt sur les bons rails, néanmoins, on se plaît volontiers à suivre les manigances et les duperies de Lady Susan, en dépit d’une mise en scène bien trop prosaïque et utilitaire à base de champ-contrechamp. Heureusement, le rythme de la comédie, les costumes et les décors relèvent un peu la sauce.

3 étoiles sur 5

25 juillet 2016

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