[CINÉMA] Dégel, allégorie de la transition démocratique au Chili dans les années 90
Nous sommes en 1992, dans les Andes chiliennes, deux ans après la publication du rapport Rettig sur le lourd bilan humain du régime de Pinochet.
Âgée seulement de neuf ans, Inès, dont les parents assistent à l’Exposition universelle de Séville, est gardée par sa grand-mère qui possède un hôtel dans une station de ski. Alors que la fillette sympathisait depuis quelques jours avec Hanna, une skieuse allemande de haut niveau, cette dernière disparaît soudainement sans laisser la moindre trace. C’est tout juste si la gamine a aperçu son cousin, la veille, avec la disparue. Aux côtés de la mère d’Hanna, venue spécialement d’Allemagne pour retrouver sa fille, Inès observe son environnement et essaie de comprendre ce qui est arrivé.
En écho aux « desaparecidos »…
Réalisé par Manuela Martelli, à qui l’on doit Chili 1976, sorti en France en 2022, Dégel revient avec intérêt sur une période encore peu traitée au cinéma, celle des années 1990.
Le Chili est alors en pleine transition vers la démocratie et participe pleinement à l’Exposition universelle en y exhibant un morceau d’iceberg censé représenter la pureté retrouvée d’un pays ayant mis fin à la dictature. Mais tandis que fond lentement, à l’écran, le bloc de glace sous le soleil de Séville, des vérités trop longtemps enfouies se dévoilent peu à peu. C’est donc sur un mode allégorique que le récit de Manuela Martelli, à travers la disparition d’Hanna, choisit d’évoquer les « desaparecidos », ces victimes chiliennes du régime de Pinochet.
Pour rappel, après le coup d’État du dictateur, fomenté le 11 septembre 1973 avec la participation active de la CIA, contre l’élection démocratique de Salvador Allende, le Chili connut une vague de répression sans précédent, coûtant la vie de 1.800 personnes. Par la suite, lancée par Augusto Pinochet, « l’opération Condor », menée entre 1975 et 1978 avec l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, fut une véritable campagne d’épuration idéologique de l’Amérique latine par l’assassinat d’opposants politiques, souvent marxistes. Au Chili, c’est la Dirección de inteligencia nacional (DINA) qui fut à la manœuvre. Il fallut alors attendre 1990 et le rapport Rettig, issu de la « Commission de la vérité et de la réconciliation », pour recenser plus de 3.200 morts et disparus sous le régime de Pinochet, et plus de 38.000 victimes de torture…
L’éveil de la conscience
Un peu trop évident dans ses intentions politiques et dans l’analogie qu’il établit entre la fonte de l’iceberg et celle des neiges qui – peut-être – fera réapparaître un jour le corps d’Hanna, Dégel commet surtout l’erreur de se vendre comme un drame policier et de créer des attentes en matière de suspense qu’il ne pourra nullement tenir. Le film, en vérité, se révèle davantage l’errance intellectuelle d’une fillette (Maya O’Rourke, au regard perçant) prenant conscience de la culture du silence et de l’indifférence dans laquelle elle baigne. Une culture officiellement condamnée par la transition démocratique mais néanmoins ancrée dans les mentalités par vingt années de dictature militaire.
Joliment interprété et réalisé, avec son imagerie restée figée dans les années 70, Dégel rejoint cette liste toujours plus importante de films, avec les récents L’Agent secret et Je suis toujours là, à vouloir régler des comptes avec les différents régimes sud-américains des années de plomb.
3 étoiles sur 5






































9 commentaires
Bilan humain du régime de Pinochet et bilan humain des militaires argentins (on en a parlé avec les Malouines ») oh que oui. Sauf que les papiers politiques sont manchots, ils ne se servent que d’une main. Allende – pas forcément exemplaire sur tous les plans, était la marionnette d’individus – fort peu « démocratiques, voulant faire du Chili, un 2° Cuba. Confrontés à un terrorisme de l’ultra-gauche révolutionnaire, c’est dans leur écrasante majorité que les Argentins ont souhaité que les militaires interviennent pour les en débarrasser. Que cela ne finisse jamais bien n’est pas un motif d’occulter les réalités. Quant au mères de la place de Mai je peux garantir qu’elles émouvaient plus en Europe que sur place. Finalement je me demande s’il est bien honnête de profiter du malheur des peuples pour en faire des films « engagés ».
Pinochet est difficile à digérer pour la gauche, en plus il meurt dans son lit. Ca va encore durer, Franco est passé avant et il est encore vilipendé. Staline s’en sort mieux, toujours bien là, héros de la guerre patriotique, camarade, on lui érige encore ou de nouveau des statues…Le gars est bien vu. Pour le Chili, aucune munipalité de France n’oublie Salvador Allende, le malheureux à un rappel partout, place, avenue, stade, on se croirait à Santiago (pas au temps de la dictature, évidemment).
Ce qu’on « oublie » ce sont les contextes qui ont poussé les militaires de droite à intervenir. Exemple = Que l’Espagne était bonne à vivre vers 1930 – 1936..Mais ne mélangeons pas = Staline n’a jamais voulu que le bonheur des Russes..
Soyons clairs le bonheur des russes apparatchiks, pour les autres la dure réalité de la servitude totalitaire a un système ,la dénonciation , et le goulag.
3200 morts sous Pinochet pendant 17 ans puis il quitte le pouvoir sans révolution. Bilan à comparer aux dictatures communiste (fidel castro pol pot mao etc… ) encore une fois la gauche gagne. Et aujourd hui on entend qu il ne faudra pas respecter le resultat d une election. La gauche reste toujours la gauche feroce. Inquiétons nous et préparons nous au pire .
Allende avait gagné la présidence avec 36,6%, la droite ayant fait 35,3 et le centre 28,1. Et il s’est cru autorisé à instaurer un socialisme à la cubaine avec une telle répartition !
Merci de ce rappel utile pour comprendre. Évidemment ces chiffres sont occultés par les grands democrates de gauche.
Et avec un pays en très bon état économique.
Il s’agit de Pinochet.