Churchill est une personnalité éclatante, grandiose, atypique, dont tout ce qui est écrit sur lui depuis plusieurs années, sur les plans historique, ou intime et conjugal, démontre encore davantage la formidable aura.

Dans le numéro spécial du Point qui a été consacré à l’horreur du 13 novembre, Étienne Gernelle, dans son éditorial, a cité Churchill qui a déclaré un jour : “Ne cédez jamais, ne cédez jamais, jamais, jamais, jamais. En rien, grand ou petit, important ou insignifiant. Ne cédez jamais, sauf aux convictions d’honneur et de bon sens.”

Je ne peux m’empêcher de songer aussi à la belle chanson de Bruce Springsteen : “No Surrender”.

Ne pas se rendre, dire non, se tenir, résister, ne pas plier, il y a beaucoup de mots qui renvoient aux attitudes qu’une humanité se doit d’adopter pour être digne d’elle-même.

J’aime que le seul abandon que recommande Churchill soit “aux convictions d’honneur et de bon sens”.

Le français d’aujourd’hui ne peut qu’être sensible à cette injonction renouvelée de Churchill qui a, d’ailleurs, démontré face au nazisme que ce n’était pas des propos de matamore mais ceux ayant inspiré un combat exemplaire.

Mais la force de cette recommandation tient à ce qu’elle est susceptible de se glisser dans toutes les consciences et tous les esprits, qu’elle peut irriguer le quotidien, la banalité des comportements comme l’ et la gloire, qu’elle offre une éthique et une esthétique de l’existence à tous ceux qui pensent et vivent entre deux eaux, se soumettent trop volontiers, ont de contredire, cultivent le conformisme même le plus niais et cherchent le consensus même le plus artificiel.

Ceux pour qui la lutte ne concerne que les temps de guerre alors que la splendeur de l’ordre de Churchill tient à ce qu’il touche l’insignifiant comme le grave. Il y a des victoires qui comptent, même si elles sont petites, dans le fil des jours, dans les débats intellectuels, dans la des faibles, dans la critique de certains puissants. Il y a des défaites quand on se tait alors qu’on devrait parler, quand on hurle avec les loups et qu’on feint de ne plus connaître ou de ne plus approuver des personnes que le pouvoir politique et médiatique a absurdement disqualifiées.

Cette manière de ne jamais céder sur rien peut apparaître dangereuse si elle relève d’une tendance caractérielle qui fait de l’hostilité à l’encontre d’autrui, de ses idées, de ses opinions et même de sa présence une règle absolue et perverse.

Mais, sauf ce risque, comme je suis comblé de pouvoir abriter mes si faibles élans, les courages modestes qui suffisent à notre bonheur sous la flamboyante égide de Churchill ! En même temps, s’il y a de la vigueur et du tempérament à savoir dire non, parfois je me suis rendu compte que le oui exigeait une autre forme de vertu. Qu’il y a quelquefois dans l’adhésion, dans la douce et bienveillante convivialité, fraternité un parfum d’humanité qui fait du bien. Le oui peut ouvrir des portes que le non inflexible ferme.

Mais j’entends la voix de Churchill et je cède.

Extrait de : Churchill pour les Nuls…

25 décembre 2015

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