Document - Editoriaux - Education - Religion - 9 septembre 2016

Chronique d’une rentrée scolaire laïque

Un document intitulé « Charte de la laïcité » a déjà fait couler beaucoup d’encre. Issu d’un ministère naguère sous la férule d’un idéologue patenté, qui appelait ouvertement à poursuivre la Révolution française dans ce qu’elle a laissé d’inachevé – l’éradication du catholicisme – en substituant autant que possible l’école à la famille dans le devoir d’éducation. C’est une technique totalitaire éprouvée, que les plus sanglantes dictatures (laïques) du XXe siècle ont expérimentée.

L’objectif n’est pas, ici, de faire la critique détaillée de cette charte. Elle est, manifestement, hors de compréhension d’enfants qui ne maîtrisent pas encore pour certains, pas assez pour d’autres, la langue française, et un esprit analytique pourrait trouver à redire sur bien des détails de ce document. Pour faire simple, et certes caricatural, la religion laïcité n’a pas à recevoir de culte dans les écoles, et les instituteurs n’ont pas à y convertir les élèves et, enfin, cette charte n’est pas un décalogue, elle a 15 articles.

Les chasses aux sorcières peuvent être moins haletantes qu’un film de Harry Potter, désolé pour l’adrénaline. Dans une école publique de banlieue parisienne, un exemplaire de la Charte de la laïcité est collé dans le cahier des élèves et il est demandé à l’élève et aux parents de la signer. Une mère répond qu’elle en a pris connaissance et qu’elle ne croit pas qu’il soit nécessaire de le signer. Réponse de l’enseignante par un mot dans le cahier : « Je vous remercie de bien vouloir seulement prendre connaissance de la Charte de la laïcité appliquée dans l’école en la signant. Ceci est obligatoire pour tous les parents d’élèves. » Grande découverte : il y a donc une nouvelle technique, plus efficace que la lecture, pour prendre connaissance d’un document écrit : sa signature.

Notons, en outre, que l’enseignante n’a manifestement pas compris le message initial de la mère, qui indique avoir lu cette charte. La mère contresigne donc le mot de la maîtresse, mais ne signe pas la Charte de la laïcité. Dernier acte pour l’instant : la maîtresse a indiqué (oralement) à l’élève que si elle voulait éviter une punition, sa mère devait signer la charte. L’enfant revient, bien évidement, en larmes à la maison, prise entre le marteau et l’enclume et avec le sentiment d’être exclue, anormale : les autres parents ont signé ; soit qu’ils y adhèrent, soit (plus vraisemblablement) sans lire, comme on évacue un problème mineur.

Cette menace est, de mon point de vue, une violence intolérable et odieuse faite à un enfant. Celui-ci doit apprendre ce qu’est la responsabilité de ses actes : ma bêtise provoque ma punition, comme ma réussite induit ma récompense. Cet apprentissage n’est possible que si l’enfant fait confiance à celui qui dit l’échec ou le succès, qui sanctionne en bien ou en mal. Quelle confiance un enfant peut-il accorder à un enseignant qui n’hésite pas l’instrumentaliser, à le prendre, lui, en otage pour un acte dont il n’est pas responsable à la place de sa mère ? Et quelle confiance peut-il accorder au monde des adultes ? Cette Éducation nationale idéologisée et immorale me révulse.

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