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Chronique du processus de paix au Proche-Orient…

Ce jeudi soir, le pianiste chinois Lang Lang enchantait le public libanais au festival de Byblos. Le deuxième concerto de Rachmaninov accompagné par le philarmonique de Beyrouth, suivi de quelques « surprises » un répertoire généreux, frais et joyeux. Le cadre fantastique de l’antique port, la citadelle, le vieux temple, une brise méditerranéenne… on en aurait presque oublié les bruits de bottes à deux heures de routes au sud.

En quelques jours, l’assassinat sauvage de trois jeunes hommes israéliens enlevés il y a trois semaines, les déclarations d’une folle agressivité du premier ministre d’Israël et ce mercredi la découverte du corps calciné d’un adolescent palestinien rappellent étrangement aux gens d’ici la spirale des meurtres, vengeances et représailles entre communautés qui ont conduit à l’explosion de la guerre civile libanaise.

L’observateur occidental nourri aux médias établis et au « processus de paix au Proche-Orient » reste pantois lorsqu’il entend les dirigeants israéliens désigner sans l’ombre d’une hésitation le Hamas – sans doute ont-ils de bonnes informations – et affirmer en conférence de presse que les responsables « paieront, tous, jusqu’au dernier même si cela doit être très long » déclarations suivies d’une vaste opération d’arrestations, on parle de près de 400 personnes arrêtées, de destructions des logements des « coupables présumés », de raids aériens… Embrasement à Jérusalem-est, affrontements des jeunes gens avec la police à Ramallah, la bande de Gaza est en ébullition, une vingtaine de roquettes y ont été tirées à l’aveugle vers Israël. Réactions inévitables d’une jeunesse palestinienne sous tension et conditionnée.

Ici, au Levant, pas de naïveté. Chacun sait que les israéliens ne sont absolument pas enclins à l’apaisement. Ils sont en position d’attente et d’observation. Ils n’ont aucun intérêt – et surtout pas le premier de leurs ministres – à faire baisser la tension dans l’immédiat. Le gouvernement soucieux de sa réélection prochaine doit d’une part satisfaire son « aile droite » qui appelle à la vengeance et dont les discours devraient faire pâlir (ou réagir) nos beaux esprits tant ils sont loin d’un vertueux patriotisme… et d’autre part subsistent trop d’incertitudes politiques en Syrie, en Jordanie, en Irak. Un « Califat » qui renaît, déjà remis en cause par des groupes djihadistes encore inconnus ; comment prôner l’apaisement alors que nul ne sait ce que va devenir « cet état islamique » récemment déclaré à la frontière syro-irakienne ?

La démission le 27 juin dernier de Martin Indyk, émissaire américain au Proche-Orient, conjugué au bouleversement des alliances et la convergence des intérêts américains et iraniens en Irak augmente certainement le sentiment de lâchage de la part des Etats-Unis. A tel point que le crime perpétré sur ces trois jeunes garçons semble une opportunité supplémentaire pour justifier une fois de plus la posture de citadelle assiégée et rebattre les cartes. Le Hamas est l’ennemi connu et unanimement détesté, c’est le coupable idéal.

Alors on flatte les foules et on applique sottement le code de Hammourabi, roi de Babylone (1792-1750 av JC) que nous connaissons en Occident sous le nom de loi du Talion. Œil pour œil, gamin pour gamins…

Il semble bien seul le Patriarche latin de Jérusalem, S.B. Fouad Twal a déclarer qu’il « n’est pas digne pour des chefs politiques et religieux d’appuyer, d’alimenter, de fomenter la vengeance.» « La vengeance appelle la vengeance, le sang appelle le sang et les jeunes innocents tués, tous les jeunes tués, sont autant de victimes sacrifiées sur l’autel diabolique de la haine ». Paroles de vérité qui paraissent ces jours-ci d’une futilité confondante de ce côté de la Méditerranée.
La guerre a de beaux jours devant elle au Levant.

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