Editoriaux - Sport - 16 juillet 2013

Christopher Froome : à quand la disqualification ?

Déconcertant. Étonnant. Époustouflant. Étourdissant. Énorme. Miraculeux. Stupéfiant. Oui, stupéfiant est peut-être le mot le plus juste. Les commentateurs étaient en tout cas à court de qualificatifs et d’explications dimanche soir après l’ascension du mont Ventoux et la nouvelle victoire de Christopher Froome dans la quatorzième étape de ce Tour de France 2013, premier Tour de l’ère post-Armstrong, premier Tour du cyclisme propre.

Le coureur britannique qui avait entamé son effort à la hauteur de la stèle dédiée au malheureux Tom Simpson, victime en 1967 des suites de l’absorption d’un mélange d’amphétamines et de cognac, n’avait-il pas pulvérisé les records de Marco Pantani (1994), mort quelques années plus tard d’une overdose, et d’Alberto Contador (2009), contrôlé positif après avoir consommé un steak bourré de fortifiants à l’insu de son plein gré ? Et cela sans forcer, « les mains en haut du guidon et les fesses collées à la selle », tel que le décrivait un des reporters qui suivent la Grande Boucle, mais sous le regard plus incrédule encore qu’admiratif de milliers de bonnes gens, sur place, et de millions de braves téléspectateurs qui voudraient bien croire encore à la légende dorée des géants de la route mais qui ne le peuvent plus.

Le roi est nu, et personne n’est plus dupe. À ce stade, la question n’est plus de savoir si le vainqueur annoncé de l’édition 2013 du Tour doit son succès à des substances et des procédés interdits, mais quels progrès ont été accomplis par la pharmacopée, qui lui permettent de sortir blanc comme neige des contrôles inopinés et dans quel délai – trois semaines, trois ans, dix ans ? – nous apprendrons sa disqualification.

Au moment même où Froome s’apprêtait à inscrire son nom au palmarès provisoire de la grande épreuve cycliste, Asafa Powell et Tyson Gay, qui devaient défendre les couleurs de la Jamaïque et des États-Unis aux Mondiaux d’athlétisme de Moscou le mois prochain, convaincus de dopage, étaient exclus de la compétition…

S’il est un point sur lequel les cyclistes, ces prolétaires de la classe sportive, ont raison, c’est qu’ils sont les seuls montrés du doigt et bien souvent les seuls punis alors qu’ils ne sont pas les seuls coupables. Qu’il s’agisse de football, d’athlétisme ou de tennis, il y a belle lurette que l’amour de la gloire, le culte de la performance et l’appât du gain sont les principaux moteurs de ces champions dont notre époque a fait des dieux vivants comme l’étaient à Byzance les vainqueurs des courses truquées de l’hippodrome. Dans la course inégale entre la course et la triche, entre l’abnégation et le vedettariat, entre l’esbroufe et la vertu, il semble bien que le dopage ait décidément quelques longueurs d’avance. Malheureux Pierre de Coubertin : de quoi le sport est-il l’exemple ?

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