J’étais prêt à écrire sur tout ce qui aurait dû faire condamner . Apprenant contre toute attente qu’elle était déclarée coupable pour le délit de négligence, je vais mettre en évidence ce qui a dû être pris en considération par la Cour de de la .

Elle a certes bénéficié d’une relaxe partielle au sujet du choix de l’arbitrage.

Le ridicule d’une dispense de peine appliquée à de tels agissements au nom de la personnalité qu’elle a été, alors que précisément sa qualité aurait justifié une sanction sévère, n’effacera pas le sentiment de et le caractère de vérité suscités par sa mise en cause. On peut, certes, arguer d’une justice à deux vitesses mais Christine Lagarde était emmenée apparemment si triomphalement vers sa relaxe totale que la décision contraire apparaît déjà comme une victoire éclatante.

Aucune partie civile.

Un procureur général ayant pris des réquisitions écrites de non-lieu et n’ayant pas estimé devoir se défausser pour laisser la latitude à un autre magistrat d’adopter, à l’audience, un point de vue contraire.

Un témoin capital, Stéphane Richard, décidant de ne pas se présenter pour ne pas être "un sous-témoin" puisque mis en examen dans une procédure parallèle.

Des juges parlementaires peu pugnaces.

Une absence de confrontation à l’audience entre les témoins Guéant et Pérol et l’accusée.

Une persuadée de l’emporter.

Je me demande si, en définitive, tout ce qui pesait si ostensiblement en faveur de Christine Lagarde n’est pas apparu pour une inégalité choquante, une incitation à redresser la barre et à échapper à une relaxe programmée et organisée.

Par ailleurs, Christine Lagarde a naturellement adopté le style de dénégation des puissants : j’étais débordée, je ne pouvais pas tout lire et tout savoir, je m’occupais des affaires internationales et Stéphane Richard du plan national. Mais, en même temps, ce qui était contradictoire dans l’esprit, elle déclarait "avoir agi en toute confiance et conscience". Il fallait choisir : au courant de tout ou de rien ?

Cette attitude était d’autant plus dévastatrice que le raisonnement de l’accusation distinguait artificiellement le registre politique du registre pénal. Comme si le premier était dispensé de suivre les expertises et que l’infraction de négligence n’aurait pas pu être constituée par une forme de désinvolture à l’égard de ce que la compétence ministérielle aurait dû imposer.

Mais il me semble qu’un fil rouge politique ne cessait d’éclairer l’ensemble du processus de l’exclusion judiciaire jusqu’à l’arbitrage frauduleux et l’absence de recours contre celui-ci.

En effet, en s’obstinant, pour sauver la mise à Christine Lagarde, à ne pas relier la séquence qui a mis sur la touche la Cour de cassation au profit de l’arbitrage et celle qui a organisé le caractère scandaleux de ce dernier, notamment avec les 45 millions d’euros pour réparer le préjudice moral de , on ne peut rien comprendre à des abstentions et à des refus qui n’ont été inspirés que par la nature politique de l’ensemble.

Pour que l’arbitrage malhonnête ait lieu, il fallait évidemment faire fi d’une avancée judiciaire au profit d’un arbitrage qui allait permettre le pire. De cette manière, le comportement de Christine Lagarde est explicable en tous points, notamment par son refus de recours contre la sentence arbitrale.

Cette affaire avec ses implications politiques mettant en cause le plus haut niveau – inspirateur de l’arbitrage – ne pouvait constituer Christine Lagarde comme une personne seulement "abusée" qui n’aurait pas manqué, si elle l’avait été et si elle n’avait pas été solidaire de l’option de l’arbitrage – elle a succédé comme ministre au grand ami de Tapie qu’était Jean-Louis Borloo -, de s’en prendre au détournement de fonds publics commis par escroquerie et en bande organisée.

La Cour de justice de la République n’a pas totalement redoré son blason, mais si elle a fait bénéficier Christine Lagarde d’une double mansuétude très discutable, elle n’a pas toutefois trahi sa mission.

Extrait de : Christine Lagarde coupable mais sauvée !

22 décembre 2016

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

Philippe Bilger : « Éric Dupond-Moretti est devenu un homme politique classique pour le pire : il viole une promesse et est devenu un ministre timoré »

Le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a présenté sa réforme de la justice en 36 proposit…