Entretien réalisé par Baudouin de Saxel et Timothée Macé Dubois.

Mercredi dernier, la conférence de consensus sur la prévention de la récidive remettait à Jean-Marc Ayrault un rapport radical préconisant une lutte contre le « tout-carcéral ». L’ancien magistrat Philippe Bilger s’émeut de l’angélisme socialiste.

Dans nos colonnes, il y a une semaine, vous railliez une politique qui se fixait comme leitmotiv de faire croire que la prison n’était pas une sanction nécessaire. Les recommandations rendues par la conférence de consensus ont-elles confirmé vos dires ?

Sans surprise, dans son rapport, la conférence cherche à faire passer l’idée que sont détenus des individus qui ne mériteraient pas de l’être. N’y aurait-il ni cohérence ni lucidité judiciaire dans le fait que certains soient en prison et d’autres puissent bénéficier de peines alternatives ? Christiane Taubira raisonne comme si les infractions et les condamnés étaient interchangeables. Or le sort des personnes qui ont transgressé les règles ne se joue pas sur un coup de dé ! Lorsque l’on commet un délit grave ou un crime, il est raisonnable que l’on soit condamné à de la prison ferme.

Le jury a considéré qu’il disposait « d’éléments fiables pour remettre en cause l’efficacité de la peine de prison en termes de prévention de la récidive »

En d’autres termes, il a surtout tenté de démontrer qu’il fallait coûte que coûte s’écarter de la notion de la prison. Les 27 experts réunis ont diffusé généreusement la même idée centrale pendant les débats. On a également entendu des détenus nous expliquer le mal fondé du système pénitentiaire ; leurs propos ont été considérés comme parole d’évangile. Or on ne va pas chercher la vérité sur l’univers pénitentiaire de la bouche d’un détenu ! Tant qu’il n’y aura pas l’acceptation de la légitimité de la prison pour punir les actes les plus graves, des prisons sur lesquelles d’ailleurs on pourrait porter un regard efficace pour restaurer leur dignité humaine et matérielle, la société risquera d’être victime d’un sulpicianisme très caractéristique d’une philosophie de gauche. C’est au fond assez naïf.

Manuel Valls a souligné son désaccord avec la politique laxiste du gouvernement : « Nous avons besoin que les peines d’emprisonnement soient prononcées dès la première faute. »

Il a raison. Ce qui m’étonne, c’est que l’on parle depuis un mois de cette conférence de consensus pour prévenir la récidive, et qu’il y a en permanence des tragédies qui contredisent cette version idyllique. Dans très peu de temps, si l’on continue comme ça, d’autres événements dramatiques dresseront tout le pays contre la gauche judiciaire. L’aura de Christiane Taubira commencera alors singulièrement à pâlir.

25 février 2013

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