Editoriaux - Justice - Politique - Tribune - 11 janvier 2016

Christiane Taubira toujours ministre

Cela faisait longtemps que je n’avais pas consacré au moins la partie d’un billet à notre garde des Sceaux. Ce n’est pas faute d’en avoir eu envie mais les occasions étaient trop nombreuses, et en même temps pas assez signifiantes, pour que je succombe à la tentation.

Mais aujourd’hui, nous avons découvert que Christiane Taubira n’était pas seulement le marqueur de gauche dont, contre vents et marées, le président de la République gratifiait sa frange partisane irénique et peu regardante mais que sa personnalité tenait plus que tout à la fonction de ministre.

Qu’importent les couleuvres – et je passe sous silence ce qui se rapporte à sa domiciliation parce qu’elle semble de bonne foi (Marianne) – pourvu qu’elle ait l’ivresse !

Depuis le mois de janvier 2015, mais surtout à partir du 13 novembre et de ses suites enfin déterminées dans la lutte contre le terrorisme, elle est restée sur la photographie du groupe régalien mais pour rien, pour la façade.

Elle annonce en Algérie que la déchéance de nationalité est abandonnée, c’est une fausse nouvelle démentie par le président de la République mais elle demeure à son poste.

Un projet de loi élaboré par le gouvernement et visant à renforcer la lutte contre la criminalité organisée et son financement – usage des armes facilité pour la police, assignations à résidence, fouille des bagages, etc. – va être heureusement déposé mais il est clair qu’en amplifiant les moyens d’action des policiers, du parquet et des préfets, il va, sinon mettre “la justice à l’écart”, du moins réduire les juges d’instruction à la portion congrue. Comme il est hors de question de toucher à ceux-ci, on les contourne. Le bloc constitué par la police et le parquet ne sera plus gêné par les délicatesses et les scrupules des magistrats instructeurs. Tant mieux.

Mais, pour Christiane Taubira, c’est encore une pierre jetée dans son humanisme verbal et sa conception de l’État de droit. Elle a beau cosigner une tribune avec le ministre de l’Intérieur (Le Monde). C’est un désaveu mais elle demeure.

Elle continue à se déclarer hostile à la déchéance de nationalité parce que celle-ci n’aurait qu’un effet symbolique alors que le Premier ministre a remis, comme il convenait, de la cohérence dans l’effervescence de ces derniers jours. La déchéance ne concernera que les binationaux nés en France et condamnés pour terrorisme. Il n’empêche : Christiane Taubira continue à récuser cette mesure mais elle demeure.

Et elle demeurera.

S’il ne s’agissait que d’un dysfonctionnement interne au gouvernement, ce serait l’affaire du Premier ministre et du Président. Mais c’est bien plus en une période qui impose, encore davantage, unité et concorde. La loyauté personnelle ne suffit pas dès lors que la crédibilité de la parole publique est dévastée avec ces voltes qui seraient vaudevillesques si le crime n’avait pas assassiné et n’était pas toujours suspendu sur le destin de notre pays.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je remarque cette propension du garde des Sceaux à jouer sur tous les registres et à user de la plénitude des facilités qu’étrangement on ne cesse de lui octroyer. Elle avait déjà affirmé solennellement son soutien au Premier ministre et à sa ligne politique mais dès le lendemain elle était allée se faire applaudir par les frondeurs qui lui avaient fait un triomphe, Jérôme Guedj en tête.

Et, bien sûr, elle était restée. C’était une déviation qui ne mettait rien en péril. Elle a ses foucades, rien qui prête à conséquence !

Tout lui a été, lui est et lui sera pardonné.

Extrait de : Christiane Taubira en loques mais ministre !

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