Editoriaux - Livres - Politique - Presse - 12 septembre 2016

Christiane Taubira : n’est pas Simone Veil qui veut…

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C’est la rentrée des classes pour tout le monde. Et Christiane Taubira de faire la sienne en une de Libération, avec ce titre accrocheur autant qu’alléchant : « La gauche risque de disparaître, et pour un moment. »

Un entretien fleuve qui, évidemment, fait le bonheur des revuistes de presse de ce lundi matin. Pourtant, le moins qu’on puisse prétendre est que le texte n’a rien de fracassant. On n’y retrouve même plus les outrances verbales, les envolées lysergiques, les références poétiques, les postures avantageuses ayant fait jadis la réputation de la Castafiore en question.

Pour un destin que certains commentateurs politiques donnaient pour être gravé dans le marbre, cette préretraite l’annoncerait donc plutôt dans le stuc et le contreplaqué. Extrait : « J’éprouve un sentiment d’urgence. Je vois bien à quel point est grand le besoin de comprendre ce que nous sommes, ce que nous voulons continuer d’être et ce que nous voulons devenir. »

Bref, après le mariage pour tous, la politique pour personne : Christiane Taubira ne sait plus ce que signifie être de gauche en 2016, paraît ignorer d’où elle vient, qui elle est, où elle voudrait aller et surtout avec qui.

D’où, peut-être, ces propos pour le moins intrigants : « La droite fait commerce de l’anxiété, de l’angoisse, de la désespérance, c’est-à-dire d’un désespoir dynamique qui se renouvelle, s’entretient. La droite en fait commerce lucidement et cyniquement. » Pareille vilenie n’arriverait évidemment pas à Manuel Valls, qu’elle n’ose égratigner de front, mais qui, dans le registre paniquard, n’est jamais le dernier, mettant en garde les Français contre la guerre civile que le Front national pourrait déclencher, tout en assurant que nous sommes en guerre contre un État islamique nous ayant déclaré la guerre et que tout cela pourrait bien déboucher sur une autre guerre civile. Beau comme du Raymond Devos.

Christiane Taubira serait-elle alors à la gauche ce que Simone Veil fut naguère à la droite ? Une sorte de vigie morale ? Elle le voudrait bien, mais ne le peut point, pour paraphraser une vieille scie d’Annie Cordy ; Simone et Christiane ne boxant à l’évidence pas dans la même catégorie, même si elles ont toutes deux été, chacune à leur manière, symboles en matière de législation sociétale.

À leurs actifs ou passifs respectifs – c’est selon –, ces deux lois, l’une sur la dépénalisation de l’avortement, l’autre sur le mariage homosexuel. Mais là où la première n’y voyait qu’un « ultime recours face à des situations de grande détresse », la seconde considérait sa loi comme un « changement de civilisation ». Pis : il y a le style, sobre pour Simone Veil qui, dans ses mémoires (Une vie, Stock), évoque son passé de déportée. Lyrique pour Christiane Taubira, lorsqu’elle se lamente sur un esclavagisme dont elle n’a eu connaissance que dans les livres. Toute la différence entre une femme qui a vécu ce dont elle parle et une autre qui met en scène uniquement ce dont elle a entendu parler.

Après, la question qui ne préoccupe guère que le microcosme médiatique : Christiane Taubira soutiendra-t-elle la candidature de François Hollande ? Fera-t-elle bande à part ? La réponse est sans appel : « Je vais m’engager fortement dans la campagne. Je ne sais pas encore comment. » C’est dire si nous voilà bien avancés.

À moins de huit mois de l’échéance suprême, on a vu plan de bataille plus précis et mieux goupillé. Surtout si le but de la manœuvre est d’éviter un possible et prochain 21 avril 2002.

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