Discours - Editoriaux - Justice - Médias - Politique - Radio - 14 janvier 2016

Christiane Taubira mise sur la touche 

Elle aurait mérité au moins un carton rouge : elle n’écope que d’une mise sur la touche. Certes, on a le droit de penser que la déchéance de nationalité est purement symbolique, de nulle efficacité, ou qu’elle pose des problèmes juridiques. Mais quand le président de la République a solennellement annoncé cette mesure au Congrès, quand le Conseil des ministres l’a approuvée, ce serait la moindre des choses que le garde des Sceaux ne marquât pas publiquement son désaccord.

Notons, au passage, que les parlementaires qui contestent aujourd’hui ce projet se sont levés comme un seul homme pour applaudir François Hollande après son discours au Congrès : sans doute ont-ils besoin d’une longue période de maturation intellectuelle pour se poser des questions…

Christiane Taubira, cette « icône de la gauche », comme se plaisent à la nommer les médias, est un électron libre, farouchement indépendante – dans les limites de son idéologie : peut-être un héritage de l’époque où elle militait dans les sphères indépendantiste guyanaises. Pour accentuer son originalité, elle s’est fait une spécialité de citer des vers à l’Assemblée nationale, au grand ravissement des spectateurs. Profitant de ce statut privilégié, elle use et abuse de la provocation, voire du chantage : et Hollande le rassembleur, Valls l’autoritaire… de s’écraser. Alors que le porte-parole du gouvernement avait déclaré qu’aucune décision ne serait annoncée sur la déchéance de nationalité avant le Conseil des ministres, le ministre de la justice a transgressé cette consigne, assurant à une radio algérienne que cette disposition ne serait pas retenue. Elle a réitéré son opposition après que le Premier ministre eut indiqué qu’il défendrait le texte avec le garde des Sceaux. Toujours pas de réaction de Valls ni de Hollande.

Puis on a appris, lors des questions au gouvernement et par des échos d’une réunion du groupe PS, que le Premier ministre présenterait seul la révision constitutionnelle, tandis que Christiane Taubira défendrait la réforme de la procédure pénale. Et le chœur des fidèles d’entonner avec une porte-parole des députés socialistes l’hymne de la confiance : cette mise à l’écart “n’est absolument pas interprété[e] par notre groupe comme une défiance vis-à-vis de la ministre”… Répétez le refrain ! En attendant, l’icône est sur la touche. Manuel Valls et François Hollande espèrent-ils ainsi ne pas perdre la face ?

Cette affaire nous permet de tirer au moins deux leçons. La première, c’est que, malgré la passion et le verbe qu’elle est capable de déployer pour les causes qui lui sont chères, Christiane Taubira n’a pas la trempe d’un Jean-Pierre Chevènement : non seulement, elle ne ferme pas sa gueule, mais elle ne démissionne pas.

La seconde, c’est l’incohérence et la lâcheté de François Hollande qui, pour des raisons de stratégie politicienne, n’a pas le courage de se séparer d’un ministre en profond désaccord avec une décision du gouvernement. Il veut donner une image de fermeté, alors qu’il fait preuve de mollesse. Résultat : il se décrédibilise encore davantage. Il décrédibilise aussi la politique, pourtant déjà malmenée dans l’opinion, en en faisant une mauvaise comédie de boulevard, un jeu de dupes et d’hypocrites, un cocuage à répétition.

Tout cela est indigne de la part de dirigeants, indigne de la République et de la France. Ce n’est pas seulement Taubira qu’il faudrait mettre sur la touche : c’est Hollande, c’est Valls, c’est tout le gouvernement. Pour une exclusion définitive !

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