Editoriaux - International - Politique - Table - 1 février 2016

Christiane Taubira et son livre : les cailloux dans la chaussure de François Hollande

Ministre, Christiane Taubira gazouillait. Retraitée, elle murmure. L’ancien garde des Sceaux s’apprête à publier un ouvrage intitulé Murmures à la jeunesse. Une publication préparée en grand secret. Écrit en un mois, cet opus d’une centaine de pages a été imprimé en Espagne, acheminé en France sous colis opaques et distribué en librairies « sous X ». Son auteur est particulièrement bien placé pour connaître les rouages de la police politique française et a pris toutes les précautions nécessaires pour éviter des fuites. Seul François Hollande aurait été averti quelques jours avant le départ de la Guyanaise du gouvernement.

Dans le style grandiloquent qui a fait sa réputation, Christiane Taubira nous livre – selon les journalistes qui ont eu accès à ses bonnes feuilles – une réflexion philosophique qu’on imagine de haute volée, sur le thème de la déchéance de nationalité. Extraits :

« Je ne suis sûre de rien. Lorsqu’un pays est blessé, qu’il saigne encore, qu’il est tout de courbatures et d’ecchymoses, ne faut-il pas marcher sur la pointe des pieds, chuchoter et laisser faire en se défaussant sur le temps? […] Ne vaut-il pas mieux alors un cri et une crise plutôt qu’un long étiolement ? Je ne suis sûre de rien, sauf de ne jamais trouver la paix si je m’avisais de bâillonner ma conscience. »

À propos des actes terroristes : « Oui, il faut comprendre pour anticiper et aussi pour ramener du sens au monde. Sinon, par omission, nous aurons laissé s’installer de nouvelles frustrations grosses d’exaltations macabres, nous aurons arrosé le terreau où poussent ces contentieux passionnels, nous aurons refoulé vers la génération suivante les arriérés de rancœurs qui voleront la vie des Joyeux, peut-être celle d’enfants déjà orphelins aujourd’hui. » Quel charabia !

Selon Libération, l’ouvrage ne constitue pas un brûlot contre le gouvernement Valls. Il est permis d’en douter. L’antipathie qui oppose les deux personnes est un secret de Polichinelle. L’Assemblée nationale se prépare au débat sur la déchéance de nationalité, sujet à haut risque en dépit – ou à cause – de son aspect symbolique. Un projet qui ne passe pas au sein d’une gauche dont l’internationalisme reste un marqueur idéologique. Christiane Taubira sait bien que nombre de « frondeurs » refusent ce texte et entend bien, par sa présence hors hémicycle et sa liberté retrouvée, peser de tout son poids sur les débats et tenter de faire échec au texte. Christian Paul, député frondeur de la Nièvre, ne s’y est pas trompé : « Le feuilleton de la déchéance n’est pas terminé. Nous sommes encore loin de la porte du château de Versailles. »

Ainsi, jusqu’au bout, Taubira restera nuisible à Hollande, après l’avoir été à la France. Sa liberté de ton est bien connue. Elle sait que le ridicule ne tue pas et se moque des railleries comme de sa première manif indépendantiste. Son style grotesque est devenu sa marque de fabrique et elle semble s’en enorgueillir. « Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés ? ».

Autant de pierres balancées dans le jardin de l’Élysée, à l’heure ou le régime tente une reprise en main sécuritaire et tente de transformer Flanby en Super-Hollande. Un super-héros au caillou dans la chaussure. Un caillou nommé Taubira. Un caillou qui pourrait bien le faire trébucher : car contrairement à Voici publiant les photos du Président casqué ou à Valérie Trierweiler épanchant sa bile, Taubira possède une arme redoutable : la menace d’une candidature en 2017.

À lire aussi

Souverainisme et Hitler, le pape dérape-t-il ?

Ce n’est pas avec de tels anathèmes que le pape contribuera à régler humainement la questi…