Editoriaux - Justice - Politique - Société - Table - 12 juillet 2014

Christiane Taubira ou la folie douce

Persuadée comme Jean-Jacques Rousseau que l’homme est naturellement bon et que c’est la vie en société qui le pervertit, est de ceux qui, estimant que les délinquants ne sont pas entièrement coupables de leurs fautes, en déduisent qu’il faut rompre avec les politiques traditionnelles de répression, qui seraient à la fois injustes et inefficaces.

Une telle conception amène ceux qui la professent à prendre une position avantageuse dans les organisations humanitaires, les débats philosophiques et au zinc des cafés littéraires. Et pourquoi en effet ne pas se présenter sous son meilleur profil, celui de la générosité, lorsque cela ne tire pas à conséquence ? Il se trouve malheureusement, depuis que le monde est monde, que l’angélisme ne résiste pas à l’épreuve des faits, et que le bon sens, la pratique et la morale imposent au contraire comme une évidence l’idée que la faute appelle la sanction et le crime le châtiment.

Les hasards de la politique ont fait que Madame Taubira, garde des Sceaux, est en charge depuis plus de deux ans de l’administration de la justice. Elle y a déjà fait des ravages, elle s’apprête à les aggraver.

Se fondant sur l’état lamentable de notre système pénitentiaire pour critiquer le principe même de l’incarcération, c’est-à-dire confondant le circonstanciel et le normatif Mme Taubira a institué, on le sait, le principe de ce qu’elle appelle par antiphrase la « contrainte pénale » qui a pour effet de dispenser le prévenu condamné à moins de deux ans de prison d’exécuter sa peine. De quelques précautions et de quelques obligations qu’ait été assortie cette mesure, qu’explique en partie le manque de places disponibles dans les établissements pénitentiaires, elle ne pouvait être interprétée par ceux qui en bénéficient que comme un recul de l’ordre public et une incitation, voire un encouragement de plus à persister dans des comportements délictueux et à braver des condamnations qui se réduisent dans leur esprit à des admonestations verbales qui contribuent à leur prestige sans attenter à leur liberté.

Voici maintenant, à en croire le projet de réforme de la justice des mineurs que la locataire de la place Vendôme compte présenter au printemps prochain, qu’il est question non seulement de supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs de plus de seize ans institués sous le précédent quinquennat pour tenir compte de l’accroissement sensible de la criminalité dans cette catégorie d’âge, mais de faire bénéficier les « jeunes majeurs » (de dix-huit à vingt-et-un ans) d’un suivi par les juges pour enfants. En d’autres termes, même majeur, on pourrait profiter de l’« excuse de minorité ». On croit rêver, ou plutôt cauchemarder. Un tel projet aurait à vrai dire un sens si l’on considérait que l’âge de la majorité, abaissé il y a quarante ans par Valéry Giscard d’Estaing, devrait être relevé de trois ans. Mais il va de soi qu’une telle régression n’est pas dans les intentions de Mme Taubira et que dans l’esprit de celle-ci la réduction des devoirs ne saurait entraîner la diminution des droits.

« Il est parfois bon », déclarait Christiane Taubira en avril dernier, « que la sagesse s’accompagne d’un peu de folie ». Un peu de folie, un grain de folie ? Pas de doute, Mme Taubira a un grain.

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