Contre toute attente, Christiane Taubira est toujours là ; mais dans quel état ? En effet, à en croire la rumeur, dès l’arrivée de Manuel Valls, la dame préparait déjà ses cartons. Les deux ne se supportent pas, que ce soit à titre humain ou politique. Nonobstant, le garde des Sceaux a conservé son maroquin.

L’explication ? Simple et confirmée par Le Monde du 31 mai dernier : « Manuel Valls est classé à la droite du PS, les écologistes ont quitté le gouvernement et Christiane Taubira, auréolée par la rude bataille sur le mariage pour tous, est devenue une icône à gauche et un objet de détestation pour la droite. Les attaques racistes qu’elle a dû essuyer ont incontestablement pesé sur son maintien : sacrifier une femme noire comparée à une guenon aurait été un message douteux envoyé à la gauche. »

En échange, il lui a fallu manger son boubou ; pardon, son chapeau. Et laisser sa réforme pénale se faire dépecer à l’Assemblée nationale. Car entre-temps, il y a eu les élections municipales et européennes, avec les messages qu’on sait, envoyés par le peuple français. Bref, c’était plié. Manuel ne voulait pas de ce texte à la légitimité jugée « fragile » et ne manqua de le faire savoir à François Hollande en personne.

Non point qu’il ait pu vivre là son chemin de Damas ; mais juste parce qu’il a compris que ce chemin-là menait directement le Parti socialiste – et lui dans la charrette – droit dans le mur. Le boubou fut donc mangé, en direct et au palais Bourbon. Pas de quoi avoir la banane, comme dirait l’autre. D’autant plus que, signe des temps ou marque d’une infernale poisse, Christine Boutin (moins de 1 % aux européennes) était publiquement venue au secours du ministre en question. Ainsi, dans Le Figaro du 31 mai, cette confidence : « Je ne vais clairement pas me faire d’amis ! Mais je suis libre et je parle avec mon cœur ! » Ce qui n’est pas exactement l’avis du président du PCD (Parti chrétien-démocrate), le député Jean-Frédéric Poisson qui, lui, serait plutôt du genre à parler avec sa calculette – voir le 1 % évoqué auparavant –, concédant qu’il ne « partage pas franchement » la teneur de cet entretien. Tout comme, on imagine, la courte majorité des électeurs des Yvelines l’ayant, faute de mieux, envoyé à l’Assemblée nationale.

Pour se remettre de sa fessée déculottée du 25 mai dernier, l’UMP aurait-elle au moins pu ferrailler sur ce texte. Du velours et trente-six fois la mise. Eh bien, non : ils ont préféré tenter de passer en loucedé un amendement évitant la zonzon aux délinquants en col blanc. En pleine affaire Bygmalion, voilà qui était pertinent, surtout par les temps qui courent. L’amendement n°406 a finalement était retoqué. À la grande surprise de Christian Jacob, patron du groupe UMP à l’Assemblée, auquel Jean-Jacques Bourdin apprenait la chose sur les ondes de RMC.

Décidément, ces gens ne sont pas très sérieux. Christian Jacob ? Un homme d’avenir, destiné à le rester, comme prétendait le général à propos du Brésil. Naguère, la loi était gravée dans le marbre ; aujourd’hui, elle l’est dans le plâtre fatigué du mur des commodités.

5 juin 2014

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