La photo d’un garçonnet, Aylan, retrouvé mort noyé sur une plage de Bodrum, en Turquie, a fait le tour du monde, circulant sur le « cyberspace » et faisant la Une de tous les grands médias. Cette photo a suscité émotion et indignation. Elle a bouleversé toutes les bonnes âmes charitables, même les dirigeants européens. Comment rester insensible face à ce drame ? J’ai, moi aussi, ressenti cette émotion et cette tristesse. J’ai cependant choisi de ne pas faire circuler cette photo, ni de la « partager » sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas par manque de compassion que je ne l’ai pas fait, ou que je ne l’ai pas commentée. C’est à cause du malaise que j’ai ressenti face à cette émotion universelle.

Depuis juillet 2014, des récits atroces nous parviennent des zones d’ et de dont s’est emparé un groupe de malfrats sanguinaires nommé État islamique. Ces individus prétendant agir au nom d’Allah ont recours aux méthodes les plus atroces pour faire régner la terreur sur les populations qui n’ont pas pu ou pas voulu fuir. L’Occident s’est surtout ému après l’assassinat filmé de quelques journalistes ou humanitaires européens et étasuniens. Le sort réservé aux populations et aux malheureux prisonniers de guerres irakiens et syriens a suscité moins d’émotion. Les prisonniers, comme les journalistes occidentaux, ont eux eu le droit à des mises en scènes épouvantables et filmées de leurs mises à mort. La haine des membres du soi-disant a particulièrement visé certaines catégories de la population.

En premier lieu les minorités religieuses telles que les Chrétiens et les Yazidis, considérés comme des idolâtres infidèles devant être éradiqués. Mais aussi les minorités ethniques, tels que les Kurdes. Ces derniers ont eu le tort, aux yeux du pseudo « calife », de résister militairement et efficacement à l’avance de l’EI, tant en Irak qu’en Syrie. Des personnes soupçonnées d’homosexualité ont été exécutées d’horrible manière, précipitées du haut d’immeubles avant d’être lapidées. De nombreuses femmes ont été sommairement tuées, en public, pour pas ne s’être suffisamment couvertes ou pour avoir porté un vêtement de couleur. D’autres ont été lapidées après avoir été accusées d’adultère. Le sort des femmes chrétiennes et yazidies fut particulièrement épouvantable. Elles ont été violées, vendues comme esclaves ou données et mariées de force à des combattants polygames de l’EI.

semble s’être moins ému de toutes ces horreurs que de la photo du malheureux Aylan. Le crime contre l’humanité et contre la culture qu’a constitué la destruction des admirables temples de Palmyre a, elle aussi, davantage suscité d’indignation que les horreurs infligées par l’EI aux Irakiens et aux Syriens. Mais la raison profonde de mon malaise face à la médiatisation mondiale de la photo de l’enfant mort a une autre raison. Ce ne sont pas seulement les adultes qui ont été victimes des horreurs énumérées précédemment. Des enfants aussi ont eu à subir un sort atroce. Des photos ont circulé sur Internet montrant des enfants décapités ou crucifiés, pour des raisons souvent futiles, comme avoir mangé ou bu pendant la journée, durant le mois de ramadan. Parmi les femmes chrétiennes et yazidies vendues comme esclaves sexuelles, il y avait de nombreuses fillettes. Pourquoi toutes les photos et les vidéos, plus épouvantables les unes que les autres, montrant ces enfants martyrisés, n’ont-elles pas provoqué une vague mondiale d’indignation ? D’autres enfants ont été transformés en bourreaux, parfois très jeunes. Endoctrinés, terrorisés, ils ont été contraints d’exécuter des prisonniers de l’EI. D’autres encore sont devenus de féroces combattants dans les troupes du « calife ». Cela a également été photographié et filmé, sans susciter beaucoup de réprobation internationale.

La mort du petit Aylan, aussi triste soit-elle, était accidentelle. Son père vivait en Turquie depuis trois années déjà. Il a décidé de s’embarquer avec sa famille à bord d’une petite embarcation surchargée afin de gagner clandestinement l’île grecque de Kos. La mort des enfants massacrés par l’EI est, quant à elle, loin d’être accidentelle. Il s’agit de crimes contre l’humanité délibérément commis par des individus ayant perdu toute humanité. Ce sont ces atrocités-là qui devraient provoquer l’indignation du monde entier. Ce sont ces photos-là qui devraient enfin convaincre nos dirigeants de l’urgence qu’il y a à mettre un terme définitif aux horreurs commises par l’EI.

Accueillir des victimes, des persécutés, des réfugiés chrétiens, yézidis ou kurdes, c’est bien. C’est même une obligation morale. Mais éliminer le danger représenté par le pseudo État islamique, ce serait encore mieux !

5 septembre 2015

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