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Editoriaux - Politique - Table - 26 août 2016

Chiffres du chômage : s’inversera, s’inversera pas ?

Depuis que François Hollande a annoncé qu’il conditionnait sa candidature aux présidentielles de 2017 à une « inversion de la courbe du chômage », les observateurs ne peuvent s’empêcher de scruter chaque mois les chiffres à la recherche des ondulations tant attendues.

Or, l’INSEE a publié son enquête emploi pour le second trimestre 2016 et il semblerait que l’inversion soit en vue. Cela a été confirmé le 24 août par les chiffres de Pôle emploi. De fait, le nombre de chômeurs a baissé en catégories A, B et C. Le taux de chômage des 15-24 ans a légèrement diminué, de même que celui des chômeurs. Les niveaux d’avant la crise de 2008 sont loin d’être retrouvés mais l’embellie est notable depuis quatre trimestres, selon l’INSEE.

Peut-on, pour autant, clamer avec François Hollande que “la France, elle va mieux” ? Peut-être, mais pas sur le ton de « tout va bien ». Précisément parce que tout ne va pas bien, même sur le front de l’emploi. Un article de Guillaume Duval paru le 24 août dans Alternatives économiques le rappelle. Le chômage de longue durée a beau avoir cessé d’augmenter, il concerne encore 2,4 millions de personnes en France. C’est-à-dire que 2,4 millions de chômeurs sont touchés ou menacés par la pauvreté et l’exclusion. Quant au rythme des créations d’emploi, il est deux fois plus faible qu’avant la crise. La « job machine » française n’est donc pas encore assez performante.

Au-delà des statistiques, il apparaît clairement qu’une inversion durable de la courbe n’est pas acquise. La France reste dans la moyenne de la zone euro, sans plus. Elle n’a pas connu, au cours de l’année 2015, les mêmes reculs du chômage que chez ses voisins, notamment l’Espagne, même si ce pays souffre encore d’un chômage endémique.

Les meilleurs résultats de ces derniers mois sont en grande partie dus à des mesures politiques telles que les emplois aidés et l’envoi massif de chômeurs en formation. La formation peut être une bonne arme contre le chômage, surtout si elle est ciblée en fonction des besoins des entreprises. Et cela semble être le cas, puisque les métiers techniques de l’informatique et du numérique ont une grande place dans le programme du gouvernement.

Cependant, il faudra certainement choisir. Si les efforts en termes de formation sont poursuivis, les emplois aidés ne pourront pas être financés indéfiniment, alors que les comptes de la Sécurité sociale sont dans le rouge et que d’autres mesures prises durant ce quinquennat, comme le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), pèsent très lourd dans le budget de l’État. Les rapports du Sénat parlent, en effet, de 20 milliard d’euros alloués au CICE.

Alors non, Monsieur Hollande, la France qui travaille, ou qui voudrait travailler, ne va pas bien. Et un président de la République n’est pas là pour tenter de sauver son bilan en soulignant que ça va mieux, quand bien même quelques dixièmes de points de pourcentage le laisseraient croire.

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