Dans leurs derniers articles, Dominique Jamet fait un parallèle entre la situation syrienne et la guerre d’Espagne de 1936 – une guerre civile très internationalisée – et Marie Delarue pointe le vide existentiel qui pousse la bretonnante Émilie König à s’enrôler dans les rangs du djihad.

J’ai insisté, pour ma part, sur l’air de déjà vu, 1) entre les deux coups de tonnerre, d’un siècle l’autre, de l’attentat de Sarajevo et de la prise de Mossoul, 2) entre les idéologies islamiste et communiste, toutes deux prosélytes et universalistes, dont la montée en puissance annonce un siècle de conflits, 3) entre la foi des djihadistes et celle des brigadistes, dont le fanatisme tient à la lecture littérale des sources qui les inspirent autant qu’à l’absence de repères dans des sociétés ou l’on ne sait qu’aduler le veau d’or et honorer le veau gras, 4) sur la pusillanimité et le jeu trouble des démocraties libérales (en 1936 comme en 2015, avec une France inexistante au centre), 5) sur une division irréductible, dans le camp communiste, entre staliniens et anarchistes, ou trotskistes, et chez les islamistes, entre sunnites et chiites.

Depuis un an, la prise de conscience s’est faite. Nous sommes face au mal absolu, à des barbares, ce que même Alain de Benoist admet, quoique en les traitant d’iconoclastes, il relativise insidieusement leurs crimes avec ce que fut le christianisme à ses débuts. Barbares sans foi ni loi même, car l’islamisme idéologique, sans transcendance, fait de rites sommaires et de pratiques archaïques, n’a plus grand-chose d’une religion, et en matière de loi, ils n’ont que celle des instincts animaux, ou celle du clan et du sang des mœurs féodales.

“Gang des barbares”, écrit M. Jamet, en référence à la bande de Fofana, car les barbares de l’intérieur (les salafistes élevés au cœur de nos sociétés soi-disant pacifiées) et de l’extérieur (en l’État islamique) sont de la même engeance, une lie de l’espèce humaine dont seule la plus grande dureté, et non des stages de réinsertion à la Taubira-Cazeneuve, viendra à bout.

Il faut insister sur l’étrange mansuétude de nos élites pour les djihadistes partis faire la guerre comme leur aînés brigadistes, traités alors de traîne-savates par Orwell. Tout comme les milieux éduqués montrèrent une attirance coupable pour le communisme et le fascisme. Le musulman, que je préfère nommer mahométan, a pris la figure du dominé bourdieusien, du prolétaire marxiste, du révolutionnaire iconoclaste pour tout ce que nos sociétés contiennent de demi-savants ou de suicidaires ayant la haine de soi, de l’Occident et de ses valeurs.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes ramenés au parallèle avec les années 30. Comme la guerre d’Espagne, le conflit syrio-iraquien est-il annonciateur d’une déflagration plus large ? Nos djihadistes sont-ils les oiseaux de malheur annonciateurs de temps plus troublés ? Serons-nous munichois ou va-t-en guerre ? Poutine y a répondu à sa façon – la seule qui convienne.

Cet article à été d’abord titré “Ces chers djihadistes : les nouveaux cimetières sous la lune”, en référence à deux écrivains, hérétiques à leur temps, dont la pensée visionnaire nous manquent. Georges Bernanos a tout vu, dès 1936 : la guerre d’Espagne était le galop d’essai d’un conflit planétaire, Hitler allait bouleverser le monde à la manière d’un Luther, et Hitler et Staline, c’était le même mal. De même que Philippe Muray se moquait, dès 2002, de l’esprit rebellâtre et de l’Homo festivus et concluait à l’adresse de ces chers djihadistes : “Nous vaincrons. Parce que nous sommes les plus morts.” Hommage à eux.

5 octobre 2015

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