Discours - Editoriaux - Industrie - Politique - Table - 10 novembre 2015

Chauprade a de l’avenir…

Le Front national ressemble de plus en plus à l’ex-Parti communiste dit « français ». Non seulement parce que son succès relève d’une fonction tribunitienne, vacante depuis la résorption d’une véritable opposition populaire, mais aussi parce qu’on dira bientôt, comme à propos du parti stalinien : « On en est, ou on en fut, ou on en sera… »

Ainsi Chauprade en fut-il, après en avoir été, et encore bien après qu’il en serait. Il est passé par ici, il repassera par là. Chez de Villiers, dont on parle du retour ? Parmi les droitistes « durs » des Républicains ? Sa reprise du concept de « choc des civilisations », ses diatribes anti-islamiques, son tropisme sioniste ne pouvaient que plaire à une grande portion des élus et électeurs de droite.

L’entretien qu’il a accordé au Figaro pour expliquer sa démission, est, par moment, d’une compatibilité parfaite avec le discours libéral convenu : « Pour redresser le pays, il va falloir s’interroger sur le fait que près de 60 % de notre économie, c’est de la dépense publique, que l’État providence est en crise et qu’il est temps de créer de la croissance et de l’emploi en adaptant notre pays à tous les défis auxquels nous sommes confrontés, du droit du travail aux retraites en passant par la révolution digitale où la France et l’Europe ne comptent que pour 10 % de l’industrie mondiale des technologies de l’information. »

Il peut bien, par ailleurs, à la fin de son propos, évoquer la lutte contre l’ « Argent-roi », contre « l’individu-consommateur », et pour les « identités », on a affaire ici à un catéchisme rabâché sans conviction, parce qu’il est de bon ton de le tenir comme faire-valoir rhétorique.

Du moment que les vraies raisons de la défection de Chauprade ne sont pas clairement identifiées, sauf à la mettre sur le compte d’un jeu d’égo avec Philippot, ou sur la contestation de la stratégie gauchère de ce dernier, ou bien sur un calcul à moyen terme, qui laisse présager plus de gains ailleurs que dedans, on restera sur une prudente expectative.

Toutefois, il n’est pas interdit de prendre de la hauteur. Il faut partir du fait, solidement établi par la tradition, que les politiques, quels qu’ils soient, n’ont jamais tenu les promesses des périodes électorales. Il est nécessaire aussi de fixer les limites du politique, de la volonté étatique. Il existe un État profond, qui ne saurait être éradiqué (et encore !) que par une révolution profonde… et improbable. En outre, l’intrication dense et puissante de la globalisation libérale ne laisse guère de liberté d’action fiable. Un homme, dans un immense marécage, au milieu duquel il serait perdu, n’a pas le pied aussi assuré que s’il était sur un sol dur. Il est obligé de tenir compte de la vase. Enfin, l’individu actuel, tel qu’il a été modelé par deux siècle d’utilitarisme et de modernisme, aime trop l’odeur de ce marécage pour rêver d’autre chose. Chauprade a donc de l’avenir.

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