Dans son projet présidentiel, François Hollande avait promis la ratification de la Charte européenne des langues régionales, adoptée par le Conseil de l’Europe en 1992, signée par le gouvernement Jospin en 1999, mais jamais ratifiée car le Conseil constitutionnel l’avait estimée contraire « aux principes d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple français ». Utilisant le vocable de « groupes » ethniques, elle demande qu’une part substantielle des enseignements soit réservée aux langues régionales dans tous les secteurs et à tous les niveaux, du primaire au supérieur, affirme explicitement que ces langues pourront être utilisées pour les procédures judiciaires et dans les démarches administratives et implique une aide financière publique aux médias en langues régionales ainsi qu’aux activités et équipements visant à les promouvoir.

L’histoire se précipite depuis peu. Pour tenter de désamorcer la crise des bonnets rouges, Jean-Marc Ayrault a annoncé à Quimper, en décembre, sa ratification imminente, à la grande satisfaction des lobbies locaux. Le Président a choisi de recourir au Congrès où il lui faudra la majorité des trois cinquièmes des parlementaires. Prudemment, il a fait déposer une proposition constitutionnelle par le groupe socialiste pour mesurer l’adhésion de ceux-ci et pouvoir, éventuellement, rejeter un échec sur eux. Elle est en cours d’examen. Le référendum, autre voie possible pour modifier la Constitution, a été écarté d’emblée car il amènerait sans doute un nouveau camouflet pour le pouvoir. Une campagne référendaire édifierait nos compatriotes mal informés.

En effet, notre pays n’a pas besoin de cette Charte puisqu’il en applique déjà en partie le contenu. La révision de juillet 2008 a inscrit dans la Constitution que les « langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». L’argument selon lequel celles-ci risquaient de disparaître a pu jadis être fondé. Il ne l’est plus. Aujourd’hui, des établissements proposent des enseignements en langues vernaculaires dans chaque région qui en possède une. Plus de 600 postes ont été ouverts au CAPES à leur titre. Près d’un demi-million de jeunes Français bénéficient de ces cours et ce chiffre est en progression constante. Par ailleurs, l’espace public breton, roussillonnais ou corse - pour ne retenir que ces exemples - est jalonné de panneaux de signalisation bilingues. Le latin et le grec ancien, en voie d’extinction dans l’enseignement, et dont nul n’osera prétendre que l’apport à notre civilisation est moindre, sont bien plus menacés.

Il faut surtout insister sur les immenses dangers de cette Charte, sans même parler du coût titanesque de son application alors que les finances publiques sont dans le rouge. Les locuteurs de ces langues pourront en requérir l’usage au quotidien, y compris dans leur vie publique, sous peine de faire condamner l’État et ses collectivités territoriales. Certaines voix dans la majorité réclament déjà l’extension des langues régionales à tout le territoire ! La proposition contient même une ouverture ambiguë vers les minorités migrantes, danger que ne comportait pas la Charte qui, lorsqu’elle évoquait les minorités, entendait celles qui étaient déjà implantées, comme les Allemands du Schleswig et du Holstein danois. Un comble !

Par ailleurs, l’insistance de certains eurocrates à voir cette Charte ratifiée s’explique par la volonté d’affaiblir les États pour permettre un dialogue direct entre Bruxelles et de petites unités ethnolinguistiques faciles à manœuvrer. Il s’agit là du vieux rêve ouvertement affiché par l’Union fédéraliste des communautés ethniques européennes, née en 1949, et qui se trouve à l’origine directe de… la Charte.

Celle-ci menace la République une et indivisible, l’État-nation et la cohésion nationale en méconnaissant l’histoire de la construction de la France, assimilée à celle des pays voisins. À ceux qui nous traiteront de passéistes, nous dirons qu’ils le sont bien plus que nous. La Charte induit une contre-révolution historique, juridique, philosophique, politique et sociale. Elle affaiblira un peu plus le français dont toutes les études montrent le recul alors que sa maîtrise est un facteur-clé d’intégration et d’ascension sociale ; elle entravera l’assimilation nationale ; elle renforcera les replis régionalistes et communautaristes ; elle entraînera une balkanisation de la France et ressuscitera les féodalités au moment où notre pays a plus que jamais besoin d’unité pour affronter les défis d’aujourd’hui et demain. Elle reviendra sur l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 qui imposa l’usage exclusif du français dans les documents officiels.

Comme le disait Mirabeau, la Révolution de 1789 a fait une nation d’un « agrégat inconstitué de peuples désunis ». Nos apprentis sorciers vous nous ramener à l’Ancien Régime et à son cortège de féodalités, fourriers idéaux d’une mondialisation financière et inhumaine dont les États-nations sont les meilleurs freins.

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23 janvier 2014

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