Editoriaux - Histoire - Politique - 9 janvier 2015

Charlie Hebdo peut-il renaître de ses cendres ?

C’est la question que l’on est en droit de se poser : Charlie Hebdo peut-il continuer de paraître, ce qui serait peut-être la meilleure réponse au massacre ayant quasiment décapité toute sa rédaction ?

Il est un fait que l’histoire de cet hebdomadaire est des plus tumultueuses, entre interdictions, disparitions, résurrections ; sans oublier quelques nombreuses scissions au sein de sa direction. Il en va fatalement ainsi d’un journal libertaire – à l’exception de la parenthèse Philippe Val qui, lui, régnait d’une main de fer, transformant ce brûlot hautement déconnant en torchon européiste et néo-conservateur, allant jusqu’à approuver la ratonnade américaine en Irak, en 2003. Pour ces bons services rendus, Nicolas Sarkozy l’a fait bombarder directeur de France Inter par Jean-Luc Hees. Pas sûr que le défunt professeur Choron eût accepté un tel honneur…

Si Charlie Hebdo renaissait de ses cendres, ce serait peut-être, pour lui, l’occasion de renouer avec ce qu’il fut. C’est-à-dire un journal ouvert à toutes les opinions, mêmes les plus anticléricales, qui s’en prenait donc aux clercs, prêtres, imams et rabbins, à leurs défauts et travers, mais qui, à de rares exceptions près, n’insultait pas la foi des croyants, ne s’en prenait pas à ce qu’il y a de plus intime, de plus sacré chez l’être humain. Des Choron et des Cavanna savaient malgré tout se tenir. Ce n’est pas eux qui, à propos de la polémique sur les crèches, auraient laissé passer un dessin avec un petit Jésus installé dans des chiottes à la turque…

Ce serait même, à l’inverse, l’occasion de rompre avec le néo-cléricalisme de bonne sœur en civil qu’incarne Caroline Fourest…

Alors, qui ? Honnêtement, Riss. Épargné par le carnage – il n’a été que blessé et ses jours ne sont manifestement pas en danger –, l’actuel directeur de la rédaction n’est pas le moins bien placé pour assurer transition et éventuelle renaissance. Et comme du troupeau, c’était manifestement le moins sectaire, ce petit conseil amical : il pourrait ainsi en profiter pour rappeler tous ceux que Philippe Val avait écartés ou licenciés : les chroniqueurs Siné, Delfeil de Ton, Michel Boujut, Mona Chollet. Les dessinateurs Jul, Lefred-Thouron, Joann Sfar et, encore, Siné.

Et, pour élargir ce spectre graphique et politique, pourquoi ne pas faire reprendre du service à deux grands oubliés ? L’inénarrable Vuillemin, qui végète dans ses Sales blagues de L’Écho des savanes. Sans négliger Konk, un peu ancien de la maison, sachant que cet ancien du Monde, où lui succéda Plantu, devint, dans les années 1990, dessinateur vedette de La Grosse Bertha, autre hebdomadaire satiique, dirigé par Jean-Cyrille Godefroy, et cohabita alors avec Cabu et Philippe Val, avant que ce titre ne change son nom en… Charlie Hebdo.

Tenez… même moi, si l’on me demandait un papier, pourquoi pas ? Même si, ne soyons pas naïfs, on peine à croire que si les rôles, entre Charlie Hebdo et Boulevard Voltaire, avaient été inversés, ils nous auraient rendu semblable politesse… Pourtant, il n’est pas toujours besoin d’espérer pour croire.

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