À une heure où la mémoire des héros de Verdun est profanée comme jamais, où après avoir déconstruit l’Éducation nationale Mme Vallaud-Belkacem propose d’apprendre l’arabe dès le CP, où l’ lèche les babouches du sultan Erdoğan pendant que celui-ci célèbre la chute de Constantinople, les causes de découragement ne manquent pas…

Pourtant, la personnalité de Péguy, au champ d’honneur pendant la terrible guerre de 14-18, aux côtés de Jeanne d’Arc, à qui il voua un culte particulier et dédia un de ses plus beaux poèmes, constitue une figure d’espérance et de réconciliation.

Péguy fut, en effet, un chantre de l’espérance, à laquelle il consacra un des plus magnifiques poèmes :

L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera
Dans le futur du temps et de l’éternité.
Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante.
Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs,
Qui la tiennent pas la main,
La petite espérance.
S’avance ».

Mais il est aussi un symbole de réconciliation. Catholique et républicain, ancien socialiste et patriote, sa figure est celle qui peut faire l’unanimité et réconcilier les Français au-delà des querelles politiques ou religieuses qui les ont déchirés. L’heure n’est pas aux querelles et aux divisions. Les anciens de Verdun ne sont pas morts pour que leurs enfants dilapident leur héritage si durement acquis, ni pour que la discorde ne les aveugle. L’heure est trop grave pour cela. Aussi, un patriote, c’est-à-dire un héritier, se doit-il d’assumer l’héritage de notre pays dans ses contradictions et ses complexités.

Assumer la Révolution française et la monarchie, la chrétienté et la laïcité, l’école des hussards noirs et celle des curés ainsi que cette magnifique phrase d’Henri IV – pourtant protestant -, magnifique d’intelligence et d’esprit de concorde, et dont les siens avaient durement subi le drame de la Saint-Barthélemy : « vaut bien une messe. »

Les poilus de Verdun ne sont pas morts seulement pour la France catholique ou républicaine, pour les communards ou les versaillais. Ils sont morts pour la France, et sur leur tombe flotte un drapeau tricolore et la croix du Christ. À l’image de Charles Péguy, d’une balle en plein front. Puissent les patriotes tentés par l’esprit de discorde méditer avec dignité sur son exemple et son héritage.

2 juin 2016

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