Armées - Editoriaux - International - Politique - 15 octobre 2015

“Charles-de-Gaulle”, nouvel appareillage dissuasif ?

Sans fanfare ni biniou, la commission de défense du Sénat vient de visiter LE porte-avions, “en opération au large de Toulon”. Ce déplacement fait suite à une invitation de l’état-major de la Marine nationale et a permis aux visiteurs d’assister à des catapultages et appontages. “Cette journée au contact de l’équipage m’a permis de mieux comprendre les objectifs, les moyens mis en œuvre et l’importance de ce porte-avions dans l’organisation de l’armée française”, déclare Christian Cambon, vice-président de cette commission – sénateur depuis 2004. Mazette, si des parlementaires aguerris et sages du palais du Luxembourg ont encore besoin d’arguments, que dire de plus jeunes élus et de citoyens béotiens ? Jean-Pierre Raffarin, président de ladite commission et vieux routard de la politique à défaut d’être un vieux loup de mer, était également présent lors de la visite mais n’a pas fait de déclaration, sans doute mieux averti que son collègue…

On susurre dans les milieux moyennement informés mais curieux que, contrairement au planning initial qui maintenait le navire à Toulon pour une longue durée, il serait à nouveau dépêché en Méditerranée. D’autres informations venant de Bruxelles le destineraient au renfort de l’opération EUNAVFOR Med de lutte contre le trafic de migrants. En opération de dissuasion ou en mission humanitaire ? Pour l’honneur de ce “navire étendard”, il serait urgent d’être mieux éclairé !

Fort heureusement, les sources nationales indiquent qu’il rejoindrait le Moyen-Orient vers la fin de l’année pour renforcer le dispositif aérien en place – comme un cadeau de Noël à l’armée de l’air, en somme -, sans doute dans le golfe Persique, mais pourquoi pas en Méditerranée ?

Car des événements nouveaux sont intervenus dans la zone et la guerre contre Daech, et qui pourraient connaître d’autres développements. C’est d’abord l’intervention soudaine des forces aériennes et navales russes, qui renforce leur point d’appui sur la façade méditerranéenne. Mais de façon plus discrète, la Chine continuerait d’augmenter sa présence militaire près des côtes syriennes. En effet, six bâtiments de guerre chinois ont déjà été observés autour de Tartous et Lattaquié, et la présence d’un sous-marin d’attaque à propulsion nucléaire ajoute à l’expectative occidentale.

C’est dire que la configuration internationale dans la zone et la recherche d’équilibre à défaut de suprématie pourraient stimuler de nouvelles stratégies aux fins de marquer une certaine présence substantielle des pays riverains de la mer, face aux nouveaux “envahisseurs”. Le sénateur Jean-Pierre Raffarin, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, est également président de la délégation parlementaire au renseignement. Il est en outre vice-président – parmi les 17 que compte ce club de 84 membres sinisants ! – du Groupe d’amitié France-Chine. Ce carnet très garni devrait lui permettre d’être particulièrement au fait des intentions chinoises et de peser avec lucidité les conséquences du nouvel expansionnisme militaire de l’ancien empire du Milieu, lequel déborde désormais de ses frontières, aussi bien dans son pré carré asiatique que maintenant dans Mare Nostrum.

Le Charles-de-Gaulle ne serait-il pas subrepticement et opportunément missionné par l’Europe, toujours aussi indigente, pour gesticuler de façon visible face aux nouveaux alliés russo-chinois ?

À lire aussi

Rugy, un ex-ministre d’État qui ne connaît pas la « Marseillaise » !

Vite, attendons la nouvelle nomination ! Au rythme de ce jeu de massacre gouvernemental, c…