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Contrairement à beaucoup d’ouvrages rédigés, seuls ou de concert, par des , il ne s’agit pas d’une exhibition mais d’une réflexion.

Qui a eu le bonheur judiciaire d’entendre Jean-Yves Le Borgne avec une éloquence riche, sophistiquée et cultivée, impeccable dans la forme, profonde pour le fond, constatera à quel point l’écriture, chez lui, échappe à des défauts qui me sont familiers et qui renvoient à une longueur “proustienne” pour, au contraire, offrir limpidité et simplicité qui n’excluent pas la prodigalité du vocabulaire et les bonheurs d’expression.

Surtout, le lecteur n’est pas confronté à un règlement de comptes. La magistrature ne fait pas l’objet d’un procès aigre et systématique. Le barreau, évidemment, n’est pas vilipendé mais pas surestimé non plus.

Cette modération, ce souci de mettre l’essentiel à l’abri des foucades et impulsions trop personnelles n’aboutissent pas cependant à un livre tiède, sans provocation ni invention. L’auteur préfère les analyses institutionnelles avec leurs forces et leurs dysfonctionnements structurels à la mise en cause acerbe des comportements.

Est-ce à dire que, dans cette réflexion qui s’abstient de démagogie mais est irriguée par une philosophie de la coulant en quelque sorte dans les veines de chaque chapitre, tout soit immédiatement admissible ?

Aucun des changements qu’il suggère n’est absurde et on devine comme Jean-Yves Le Borgne s’est efforcé de donner l’impression du caractère opératoire des mesures novatrices qu’il jette dans le débat.

La mise à l’écart sur une île – qui remplacerait la rétention de sûreté pour les êtres irrécupérables – ne s’accomplira jamais.

La volonté d’introduire les citoyens dans les activités juridictionnelles semble irréaliste au regard de la cour d’assises où le jury populaire n’a été une réussite que parce qu’on avait créé une procédure préparée pour lui, adaptée aux citoyens.

L’accent mis constamment sur les principes d’individualisation et de personnalisation impliquerait une grille d’appréhension et d’appréciation tellement fine et sophistiquée qu’elle susciterait le naufrage de la par un excès de nuances, à cause d’un étouffement par les détails.

Jean-Yves Le Borgne nous expose aussi quelles sont sa conception de la magistrature et son image du barreau. L’une et l’autre sont inspirées par un classicisme intelligent et harmonieux, une maîtrise de soi et de son pouvoir aux antipodes de l’hubris grecque, la démesure.

Pour les magistrats, si l’indépendance des juges du siège est entière et doit être garantie absolument, les procureurs, à son sens, sans qu’il aspire à la création de deux corps distincts, n’ont une légitimité qui ne leur vient que de l’État et de la loi qu’ils ont la charge de faire respecter. Ils sont les délégataires de la puissance publique.

La conception qu’il a du rôle de l’avocat est infiniment courageuse et pertinente. Dans un monde judiciaire où l’antagonisme et les “grandes gueules” sont portés aux nues, son analyse tranche. À bien le suivre, l’avocat, plutôt que de cultiver les affrontements, doit faciliter les compromis et être doué pour le dialogue. Loin d’être forcément une bête judiciaire de combat, il ne devrait pas avoir honte de se poser et de se comporter, autant que les affaires le permettent, comme pacificateur.

Pour cette belle ambition, encore faut-il être obsédé par le fait qu’on n’est pas seulement l’auxiliaire de son client mais celui, d’abord, de la . Jean-Yves Le Borgne manifeste ainsi qu’il n’est pas d’avocat exemplaire qui dans le même mouvement ne réunisse compétence et éthique, le service du particulier et la cause de l’universel. Avec l’accusation, on va alors ensemble vers la même vérité. Tous les consensus ne sont pas mous.

Jean-Yves Le Borgne ne s’est pas trompé. Je ne sais si un autre pouvoir pourra mettre en œuvre certaines de ses pistes mais je suis persuadé que la Justice serait profondément changée si, demain, on n’oubliait pas la teneur de ce livre et la qualité de qui l’a écrit.

Extrait de : Changer la Justice : le rêve de Jean-Yves Le Borgne

26 février 2017

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