Editoriaux - Politique - 16 décembre 2018

Cet étrange sondage qui donne Marine Le Pen et Emmanuel Macron encore plus haut qu’en 2017 !

Certains, sur Boulevard Voltaire, s’étaient inquiétés de l’impact politique du mouvement des gilets jaunes qui, s’ils décidaient de présenter une liste aux européennes, permettraient au parti d’Emmanuel Macron de finir en tête, en affaiblissant la liste du Rassemblement national. C’était reconnaître que ce mouvement profite d’abord au parti de Marine Le Pen.

Confirmation par le dernier sondage IFOP pour le JDD publié hier : si l’élection présidentielle avait lieu maintenant, Marine Le Pen obtiendrait 27,5 % et Emmanuel Macron 25 à 27,5 %. Le politologue Frédéric Dabi commente : “La campagne ratée de Marine Le Pen en 2017, sa prestation catastrophique lors du débat de l’entre-deux-tours semblent avoir été oubliées. Il y a un vrai effet gilets jaunes qui la pousse.”

En fait, ce mouvement des gilets jaunes fonctionne comme le troisième tour social de la présidentielle. Un peu comme le mouvement de décembre 1995 pour Jacques Chirac. Pas étonnant, dès lors, que le cri de révolte du peuple des ronds-points, qui a pendant des semaines reçu le soutien ou au moins la compréhension de l’opinion, ait bénéficié à Marine Le Pen. Ce qui l’avait disqualifiée lors du débat, une certaine méconnaissance des dossiers, une incapacité à argumenter, est devenu un atout. Revanche du peuple face à l’énarque qui sait mieux que tout le monde.

Mais ce sondage ne traduit que cet état du moment, l’instant t. Il a été, pour les sondés, une nouvelle occasion de dire leur révolte sans que cela porte à conséquence. Le peuple qui répond à un sondage pour une élection lointaine et celui qui vote le moment venu n’est pas du tout dans le même état d’esprit.

En fait, il nous parle plus du présent immédiat et du passé que de l’avenir. Le Rassemblement national aurait tort de s’en réjouir et de s’en contenter : les sondages de 2017 promettaient aussi un 28 % à Marine Le Pen. On sait quel fut son résultat en avril. D’ailleurs, à trois ans et demi de la prochaine présidentielle, il aligne les mêmes candidats (Hamon, Mélenchon, etc.), la variante Fillon (qui le voit revenir ?) ou Wauquiez ne changeant pas fondamentalement les choses. Surtout, il devrait d’abord réjouir les macroniens : leur leader y est donné plus haut au premier tour qu’en 2017 et, surtout, l’envolée de Marine Le Pen et l’éventualité de sa victoire contribueront à installer de nouveau dans l’opinion l’idée qu’Emmanuel Macron est incontournable.

Tout cela rend ce sondage étrange, voire suspect, si l’on ajoute le commentaire du JDD qui ravira le camp macroniste : “On n’est plus dans une bipolarisation où un chef de l’État impopulaire aurait déjà perdu la présidentielle. Au contraire, ça reste ouvert. Le socle électoral de Macron reste donc solide, faisant d’En marche ! le seul parti de gouvernement capable d’offrir une alternative.”

Ah, voilà la morale du sondage !

Mais, au fait, à quoi, à quel gouvernement, à quel parti au pouvoir Emmanuel Macron, qui atteint par ailleurs des sommets d’impopularité, et En marche ! offrent-il une alternative ? Macron comme seule alternative à… Macron ? Après tout, c’était déjà un peu ça, en 2017.

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