Pour « Les Républicains », la loi Travail ne va pas assez loin. Au FN, on parle plutôt de « la détestable loi El Khomri » (Florian Philippot, 29 avril).

C’est que la France abrite deux patriotismes fort différents. Le patriotisme français porté par le FN — et un bon tiers du pays — est un patriotisme de « bon sens », pragmatique et défensif. Un patriotisme de « petits Blancs » (commerçants, ouvriers, chômeurs), quasi corporatiste. Moins porté à se sacrifier pour la patrie qu’exigeant d’elle qu’elle se sacrifie pour lui, dans le cadre d’un État-providence défendu bec et ongles, au mépris d’une dette publique qui s’accroît de plus de 2.500 euros chaque… seconde.

À ce patriotisme, il manque la grandeur, le sens du sacrifice et de de l’honneur. Il lui manque la furia francese. C’est un patriotisme individualiste : la communauté nationale n’est valorisée qu’en tant que pourvoyeuse de bien-être. La revendication appuyée en faveur de la préférence nationale, bien que fort légitime, nous éclaire sur la motivation profonde de ce patriotisme : c’est la nation qui doit prêter allégeance à l’individu-citoyen, plutôt que l’inverse.

Cette vision matérialiste et individualiste conduit logiquement à réclamer une politique économique de gauche : hausse des salaires, 35 heures, retraite à 60 ans, nationalisations. Et protectionnisme. Mais si ce dernier est nécessaire, c’est uniquement pour accompagner une réindustrialisation, sur le modèle du « protectionnisme éducateur » de l’économiste prussien du XIXe, Friedrich List : notre protectionnisme doit être celui de la fourmi, non pas de la cigale (au service de l’esprit de jouissance).

Ce patriotisme tend aussi à l’isolationnisme. Il pourfend toute ingérence dans les affaires des autres. Or, la grandeur est-elle possible sans l’ingérence ? La France n’a-t-elle pas été grande précisément quand elle s’ingérait, et de la façon la plus brutale : les conquêtes louis-quatorziennes, révolutionnaires et napoléoniennes ? Les États-Unis peuvent se permettre un certain isolationnisme. Mais que la « grande puissance moyenne » qu’est la France s’y essaye et elle ne sera plus qu’une « petite puissance moyenne ».

Au patriotisme FN répond le patriotisme de la droite des « Républicains » : plus offensif, moins victimaire, moins geignard en matière économique. Il n’est pas celui du ressentiment contre les riches, les élites (même si nombreuses sont celles qui trahissent) et la mondialisation. C’est aussi qu’ici, nous n’avons plus affaire à des ouvriers ou des chômeurs, mais à des bourgeois qui profitent de la libéralisation des échanges. Sur ce point, leur patriotisme (tourné vers la conquête des marchés) n’est pas moins intéressé que celui des « petits Blancs ». Mais il leur manque le courage suffisant pour subvertir l’ordre moral, dans deux domaines clés : l’ et l’euro. Enfin, comme le remarque Alain de Benoist, ce patriotisme veut défendre la nation mais ne se soucie pas du peuple.

C’est donc sur la question économique que les deux patriotismes doivent se réconcilier.

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