Ainsi donc, le PDG d’Air quitte le navire en pleine tempête avec la satisfaction partagée par les actionnaires et le gouvernement français du devoir bien accompli.

Satisfaction telle que la part variable de sa rémunération s’est envolée de 45 à 462.000 €, entraînant une augmentation totale de sa rémunération de 65 %. Cette hausse s’explique par les très bons résultats financiers de la compagnie aérienne qui serait en voie de redressement.

Au regard de ce montant, rien de très choquant si on le compare à ses collègues d’autres grandes entreprises françaises et étrangères. Il est même plutôt moins rémunéré que d’autres.

En revanche, il est choquant qu’il ait pu bénéficier d’une telle hausse de 65 % alors même qu’Air France se porte mal. Car même si les résultats financiers sont un peu moins mauvais et que la compagnie a renoué avec un modeste bénéfice, la situation générale d’Air France n’en reste pas moins préoccupante : la situation sociale est très dégradée, des lignes aériennes sont fermées, des commandes d’aéronefs annulées, la stratégie de développement de l’entreprise peine à se clarifier… et la concurrence continue de gagner des parts de marché.

Si la situation financière de la compagnie aérienne fut moins mauvaise sur le dernier exercice, c’est surtout grâce à la baisse du prix du pétrole et non en raison de vraies réformes structurelles qui apporteraient des perspectives d’avenir et qui n’ont pas encore été menées.

Bref, voici encore un parfait exemple de la financiarisation du monde des affaires : parce qu’il est prévu dans son contrat que sa rémunération est indexée sur un pourcentage de hausse du résultat de l’entreprise, ce PDG qui n’a pas brillé par des succès au regard des objectifs assignés de redéveloppement d’Air France se voit mathématiquement attribué une hausse de sa rémunération variable parce que les résultats sont en hausse, même s’ils restent encore insuffisants pour sauver durablement l’entreprise. Il doit bien être le seul salarié à être récompensé de la sorte !

Notons, au passage, que ces dispositions contractuelles de rémunération furent validées par le gouvernement d’un président de la qui déclare avoir pour ennemi la finance et qui n’aime pas les « riches » qui gagnent plus de 4.000 € par mois.

Voyant qu’il ne rencontrera pas le succès à ce poste, M. de Juniac quitte donc sa fonction pour aller pantoufler comme président de l’ Air Transport Association (IATA) et va laisser sa fonction de PDG d’Air France à un autre copain à recaser. On parle déjà d’un condisciple de la promotion de l’, si chère au cœur de Normal Ier

C’est ainsi qu’un haut fonctionnaire, ancien directeur de cabinet ministériel, profite des largesses salariales du privé à un poste où il est en situation d’échec avec la validation d’un gouvernement élu pour le bien du prolétariat. Heureusement qu’il y a les bobos bien-pensants pour approuver tout cela !

23 avril 2016

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