Ce jour-là – le 8 janvier 2013 – il n’y eut personne au cimetière de Jarnac pour, en ce 17e anniversaire de sa mort, fleurir la tombe de François Mitterrand. Personne. Strictement personne. Enfin si : Harlem Désir. C’est-à-dire personne.

Quelques militants avaient, eux, bravé le froid. L’un d’eux lâcha : « C’est lamentable… Qu’est-ce que c’est que ce gouvernement ? » Un autre, tout aussi écœuré, ajouta : « L’année dernière, Hollande nous avait dit qu’il reviendrait. Fallait pas le dire ! »

En 2012, en effet, le 6 janvier, il y avait foule à Jarnac. François Hollande s’était fendu alors d’une phrase mémorable : « Le rôle qui est le mien, c’est de donner vie aux idées qui ont pu être portées un moment par François Mitterrand. » Ça venait d’un homme dont la seule idée était d’avoir le job. Et dont la seule idée aujourd’hui est de le garder le plus longtemps possible.

Ils étaient où, tous, ce 6 janvier 2013 ? François Hollande à l’Élysée où il fait notoirement plus chaud qu’au cimetière de Jarnac. Elle était où, Ségolène Royal, jeune pousse élyséenne que Mitterrand avait fait éclore ? Très occupée à téléphoner pour réclamer un portefeuille ministériel. Il était où, Jack Lang, qui avait hissé la courtisanerie au rang de 8e art ? En train de visiter les bureaux du président de l’Institut du Monde Arabe (on vient de lui donner le poste), pour voir si les meubles étaient à son goût.

Pour ceux qui l’ignorent, la présidence de l’IMA est un des plus coulants fromages de la République. La place est une bonne place. Et on l’accorde en général pour services rendus. Parfois pour se débarrasser d’un emmerdeur. C’est le cas avec Jack Lang.

Et ils étaient où, tous les autres ? Ministres, hiérarques, éléphants, courtisans, fidèles ? Tous très affairés à sauver le pays. En 2012, pendant la campagne électorale, Mitterrand pouvait encore servir. Aujourd’hui…

Nul n’est tenu d’aimer François Mitterrand. À gauche, sans aucune difficulté, on pouvait trouver plus intègre que lui : Pierre Mendès-France. Plus honnête : Michel Rocard. Plus droit : le bien oublié Alain Savary, que Mitterrand, grand manœuvrier, bouta hors du PS. Tous tués ou marginalisés par lui. Mitterrand était un génie. Un génie du mal, diront ceux qui le haïssent. Un génie en tout cas.

Il appartenait à la grande lignée des roués, au sens XVIIIe siècle du terme. De Beaumarchais, il avait l’intelligence pétillante et moqueuse. De Casanova, la séduction poussée au firmament de la perfection. De Talleyrand, une formidable capacité à transformer chaque mensonge en chef-d’œuvre. De Joseph de Maistre, le talent sulfureux de l’imprécation.
Joseph de Maistre ? Bien sûr, car François Mitterrand était culturellement et profondément un homme de droite. À la façon d’un coucou, il avait pondu ses œufs dans un nid de gauche. Un grand, très grand coucou. L’aigle des coucous.

Et c’est ainsi que Mitterrand est grand et que Hollande n’est pas son prophète.

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