On nous annoncerait 1 milliard de recettes pour la France. Mais c’est oublier que les dernières Coupes d’Europe ont vu leurs budgets dépassés de 120 à 150 % et, donc, les bénéfices diminués d’autant. Les stades français, de conception ancienne, sont sous-équipés commercialement : ils ne vendent que 5 € de produits par spectateur contre 20 ou 30 en ou au Royaume-Uni. Plusieurs études ont démontré que l’oisiveté induite par le spectacle du pays organisateur faisait baisser notablement la productivité dans les entreprises. Pendant ce temps, où le foot dicte sa loi au monde, chacun est branché sur son smartphone, son émission radio ou télé pour suivre les matchs et les innombrables commentaires. Enfin, avec le spectacle auquel nous assistons depuis vendredi, on peut prévoir un budget largement dépassé sur le volet sécuritaire et dégâts collatéraux, sans parler de l’attractivité de la France pour l’investisseur, qui en reprend encore un coup derrière les oreilles. C’est le football.

Des installations démesurées sont construites pour le plus grand bénéfice des entrepreneurs de travaux publics et les campagnes électorales des élus. C’est ainsi que des collectivités locales moyennes se sont dotées de stades géants au prix d’un endettement massif, stades qui restent vides si, par malheur, les clubs rétrogradent, ce qui finit par arriver. Car c’est ça, le foot.

La question n’est pas de savoir si l’équipe de France doit être blanche, black ou beur. La masse salariale de l’équipe de France est sensiblement équivalente à celle des patrons du CAC 40. Quoi de plus touchant que de voir un public de prolétaires, hier encore en grève contre les salaires des patrons, se réunir dans un stade. Pour crier, s’énerver et porter en triomphe 22 millionnaires de 20 ans sur un carré de pelouse impeccable en train de jouer à la baballe. Des super privilégiés qui dictent leurs impératifs alimentaires ou religieux, qui font des déclarations hallucinantes, roulent dans des voitures hors de prix, s’octroient les prestations sexuelles tarifées de jeunes filles tout juste mineures ou à peine majeures – on ne saura jamais. Des gars qui se roulent par terre en couinant à la première pichenette et qu’il faut acclamer en héros. Des types qui peuvent déclarer sans ciller dans une presse ébahie « Je suis une légende » et « Je fais plus pour la France que son Président » et à qui on a envie de répondre : « Même si le Président est un vrai nul, toi, tu es un vrai con. » Des comportements antisociaux que personne n’accepterait d’une star de cinéma, d’un homme politique, d’un grand patron sans déclencher l’ire, mais qui sont la norme pour un footballeur. Ainsi va le foot.

Le foot, c’est le spectacle ultime de la société libérale. Un archipel libre dont les règles existent pour être contournées. Un univers dans lequel on admet ce qui déclencherait une révolution dans la vie normale. Un monde parfait, miroir et vision d’avenir d’une anarchie organisée : champagne en loge et bagarre générale en tribune. Ce ne sont pas les déploiements massifs de forces de l’ordre sur équipées qui vont enrayer le cercle vicieux. Si une société tient debout, ce n’est pas du fait de la présence d’une police armée à tous les coins de rue, mais par le civisme, le patriotisme, la bonne éducation et toutes les qualités négligées, ringardisées depuis deux générations. Si le football déclenche un tel déferlement de violence spontanée, c’est qu’il cultive en lui toutes les perversions qui la provoquent.

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