Traditionnellement, les querelles de familles sont les plus cruelles, à ce détail près – exception française ? – que celle de notre cinéma entend, désormais, laver son linge sale, non point en famille, mais en public. Et c’est là que ça devient rigolo.

Ainsi, Patrick Chesnais : « Je suis effondré et révolté. […] Pourquoi la meute et les représentants de la bien-pensance sont-ils énervés ? »

Fanny Ardant ? Ses déclarations ne manquent ni de classe et encore moins de noblesse : « Quand j’aime quelqu’un, je l’aime passionnément. […] J’aime beaucoup, beaucoup, Roman Polanski, donc je suis très heureuse pour lui. Après, il faut comprendre que tout le monde n’est pas d’accord, mais vive la liberté ! […] Moi je suivrais quelqu’un jusqu’à la guillotine, je n’aime pas la condamnation. »

Même son de cloche chez Lambert Wilson : « Cette espèce de politiquement correct, je trouve que c’est du terrorisme. En plus, c’est bête ! On se dit “mais où sommes-nous ?” Qui sont ces gens ? Ça m’a choqué. J’ai trouvé qu’on était minables. Il y a cette espèce de tribunal, de lynchage public que je trouve absolument abominable. »

Jean Dujardin, premier rôle du J’accuse, de Roman Polanski, celui dont on ne prononce pas le nom, tel Voldemort dans Harry Potter, et César de la meilleure réalisation, est plus lapidaire : « Je me casse, ça pue dans ce pays ! » Et là, ce ne sont pas « les bruits et les odeurs », jadis évoqués par le défunt Jacques Chirac, mais les effluves de moraline.

Puis Mimie Mathy, avec cette sortie qui n’a pas tardé à émouvoir les réseaux sociaux, lesquels sont décidément de grands sensibles : « Je comprends tout à fait sa réaction [celle d’Adèle Haenel]. Je n’ai pas été violée, j’ai eu cette chance. En même temps, je n’ai pas le même physique, donc je suis un peu à l’abri ! »

Dotée d’un physique présentant une verticalité contrariée moins évidente, Juliette Binoche résume assez bien la situation : « J’ai été atterrée par la bêtise, on ne parle pas une seule seconde de cinéma dans les César. C’est un one-man-show raté narcissico-ennuyeux ; mais bon, ça fait un moment que c’est comme ça. »

Dans la foulée, Virginie Despentes, dans Libération du 3 mars dernier, en rajoute une couche sur le mille-feuille en jouant à front renversé. On résume : ce ne sont pas les hommes dominants qui oppriment les femmes dominées, mais des « dominant.e.s » qui abusent des « dominé.e.s ». Bref, la lutte des classes plutôt que celle des sexes et ce n’est pas la « femme » Adèle Haenel qu’elle défend mais « l’exploité.e » qu’elle voit en sa personne. On ne sait si Karl Marx aurait souscrit à cette analyse, mais voilà au moins un angle original dans cette nouvelle affaire polansko-dreyfusienne.

Pour le reste, si l’on parlait un peu cinéma ? Lequel a, tout de même, été le grand oublié de cet aimable raout, sachant que ce sont plus les minorités qui ont été mises à l’honneur que le septième art et que l’éternel mâle blanc, cinquantenaire, catholique et hétérosexuel, sorte de Nosferatu du cinéma français. Qu’on en juge. Les racailles à capuches sont césarisées pour Les Misérables, les minorités visibles avec Roschdy Zem (excellent acteur, au demeurant, et qui n’a pas volé sa statuette, NDLR) dans Roubaix, une lumière. Les victimes du Vatican n’ont pas été oubliées non plus, avec Swann Arlaud, dans Grâce à Dieu. Seule petite fausse note, le cinéma lesbien est reparti un peu bredouille, Portrait d’une jeune fille en feu – avec la fameuse Adèle Haenel – n’ayant été distingué que pour la meilleure photographie.

On conclura en disant que tout cela a accouché dans la douleur, façon césarienne. Cela dit sans faire offense aux filles victimes de ce viol légal qu’est aussi, et avant tout, le mariage.

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