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Editoriaux - Education - Table - Tribune - 19 juillet 2014

Ces trésors de la République qui sont portés disparus…

Elysée, ministères, assemblées, ambassades, préfectures et autres administrations abritent les trésors de la République : des œuvres d’art et du mobilier d’époque. 307.000 objets prêtés par l’Etat à l’Etat pour orner l’intérieur de ses bâtiments officiels.

En 2009, la Commission de récolement des dépôts des œuvres d’art – CRDOA, crée en 1996, avec pour mission de recenser les trésors en question – annonçait que 10% d’entre eux étaient introuvables. L’horloge Boulle au Château de Maisons-Laffite, le dessin de Dufy au musée de Marseille, le Miro à l’ambassade de France à Washington ? « La République » du sculpteur Alexis André ? Disparus !

Ce mardi 15 juillet, la Cour des comptes, qui vient de remettre un rapport à François Hollande sur cet épineux sujet, rapporte la « disparition » pour l ‘année 2012 dans les résidences présidentielles, de 32 œuvres (déposées par les musées nationaux) et de 625 meubles (du Mobilier national).

Plus déroutant encore : à la fin de cette même année, le CRDOA déclarait également « non vues » 408 oeuvres sur 1128 recensées dans les ministères économiques et financiers. Un ratio de 36,2 %. Enorme ? Pas autant que celui observé au ministère de l’Education nationale ou pour celui du ministère de la Défense, où respectivement 41,9% et 39% des trésors qui leur ont été confiés se sont volatilisés. Mais il faut relativiser : « Une petite cuillère égarée dans une préfecture, ce n’est pas la même chose qu’un tableau de maître volé », nous explique le fondateur de la tribunedelart.com, Didier Rykner. Admettons.

Car tout objet disparu n’est pas un objet volé. Il peut changer de bureau en même temps que son hôte, un étourdi, qui oublie d’en avertir les services concernés. Il peut être emprunté et aller vivre pour une durée indéterminée dans la maison d’un ancien ministre. D’où il sera récupéré quelques années plus tard. En toute discrétion. Objets et meubles peuvent aussi émigrer : telle cette commode danoise Louis XV, folle d’amour pour son ambassadeur français. Ou ce vase japonnais du XIIIe siècle parti prendre son poste à l’ambassade de France à Stockholm. L’immunité diplomatique, c’est commode.

« Non vus », « disparus »… en raison d’un manque d’inventaire complet. Et à l’Elysée, on ne fait pas d’état des lieux : ni à l’entrée, ni à la sortie. Pas d’état des lieux, par exemple, pour les chiens de Nicolas Sarkozy qui se sont fait les crocs sur les accoudoirs, ou ont pissé sur le canapé. Plusieurs milliers d’euros de réparation. Bah, c’est l’Etat qui régale.

En raison aussi de la difficulté pour la Cour des comptes de voir sa plainte retenue. Cette dernière doit d’abord être « recevable, pas trop ancienne, que l’objet vaille le coup et qu’il soit bien identifiable », nous apprend Pierre Tabel, du ministère de l’Intérieur. Parce que, aller parler de sa distraction à un haut dignitaire pour un vase à 30 balles… Conditions qui expliquent que seules 1.000 plaintes sont actuellement en cours pour environ 30.000 pièces introuvables.

La solution, pour le député PS René Dosières ? Réglementer. Le but de la CRDOA ? Récupérer les biens plus qu’interpeller les fautifs ! Ben dites donc, ce n’est pas demain la veille que l’Elysée va retrouver sa « République » !

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