Tous les débats de ces dernières années, et particulièrement de ces dernières semaines, ont mis en exergue une utilisation faussée des mots par notre personnel et médiatique. Des adjectifs qui étaient nés avec leur objet il y a des années sont désormais employés pour qualifier des choses qui n’ont plus rien à voir avec ces objets préalables. Ceci concourt à désorienter profondément les citoyens et, surtout, à disqualifier de plus en plus le discours politique et journalistique. Ces utilisations biaisées prouvent que nous sommes arrivés à la fin d’une époque et qu’il va falloir revoir notre sémantique politique afin qu’elle colle aux réalités d’aujourd’hui.

Ainsi, de manière non exhaustive, nous entendons constamment parler de :

Nazi, terme qui, on le sait, était déjà devenu un fourre-tout particulièrement efficace lorsqu’il était utilisé par les gauchistes pour attaquer quiconque ne pensait pas comme eux, mais qui dernièrement a franchi les limites de l’absurde en étant utilisé pour qualifier Dieudonné M’Bala M’Bala. Dire d’un noir qu’il est un « nazi », même sous prétexte d’antisémitisme, relève d’un non-sens absolu, car on sait que le nazisme fut une doctrine allemande de promotion de la « race aryenne » dont, à l’évidence, M’Bala M’bala ne fait pas exactement partie.

Socialiste, qui était, jusqu’alors, le mot pour définir ceux qui adhéraient au « socialisme », doctrine qui voulait abattre l’économie capitaliste en donnant le pouvoir économique à l’État. Depuis les années 80 et les dérégulations de l’économie, jusqu’à François Hollande, son pacte de responsabilité et son adhésion aux dogmes ultralibéraux de l’Union européenne, il semble particulièrement indu et inapproprié que le Parti socialiste s’appelle encore comme tel, et que ses membres s’appellent encore « socialistes ».

Gaulliste, comme se définit encore la droite parlementaire, alors même que tous les principes et credo du gaullisme ne sont plus du tout ceux qui guident aujourd’hui le projet et l’action des membres de cette droite. Sur l’indépendance de la France vis-à-vis de l’Europe et des États-Unis, sur le respect des référendums, sur l’économie de la troisième voie, la droite française n’a plus rien de gaulliste. Pourtant, c’est ainsi qu’on la définit encore sur l’échiquier.

Facho ou extrême droite, appellations qui définissaient auparavant, fort justement, les adversaires de la République, de la laïcité, de la démocratie en tant qu’organisation, et même, au début, de la nation. Aujourd’hui, ces mots sont utilisés pour définir un parti comme le Front national de Marine Le Pen qui passe son temps à ne parler que de la défense de la République, de la laïcité, de la démocratie et, bien sûr, de la nation. Encore une fois, l’absurdité règne.

Républicain, qui qualifiait, à l’origine, ceux qui souhaitaient que les dirigeants d’une nation fussent élus, et que des principes comme le patriotisme, la et l’assimilation guidaient. Aujourd’hui, ce mot est utilisé pour définir les tenants tous azimuts de la bien-pensance, de l’antiracisme et du progressisme sociétal.

Etc. Etc. Etc.

En somme, nous vivons une époque dans laquelle la perte de sens se vérifie à tous les niveaux, et donc, logiquement, jusque dans sa sémantique politique. Nous utilisons désormais des mots à tort et à travers.

Pour la clarté, la probité et la pertinence du débat public du XXIe siècle, il va falloir opérer une mise à jour de notre sémantique politique, sans quoi nous nous condamnerons à toujours dire n’importe quoi et à tirer constamment à côté.

25 janvier 2014

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