Chaque jour, que vous le vouliez ou non, que vous les lisiez ou pas, vous financez quotidiens et magazines. Et pas qu’un peu. Cinq milliards d’euros pour la période 2009-2011 selon la Cour des comptes ! Avec l’efficacité que l’on sait. Et tout ça pour des journaux dont un bon nombre ne cessent de fustiger les assistés, les professionnels de la main tendue, l’interventionnisme de l’État... Enfin, pour les autres, pas pour eux.

Qui s’en met le plus dans la poche ? Toujours selon la Cour des Comptes, est premier toutes catégories avec 18,4 millions d’euros d’aides, directes et indirectes, de l’État sur la même période, suivi par Le Figaro (17,2 millions). Si l’on prend en compte le nombre d’exemplaires diffusés, le hit parade est différent : en tête, L’Humanité avec 48 centimes d’aide de l’État par numéro, puis La Croix (32 centimes) et Télérama (29 centimes), à égalité avec Le Nouvel Observateur.

Des chiffres, vous vous en doutez, que nos chers patrons de presse, adeptes par ailleurs de la transparence, n’ont guère de goût à rendre publics. C’est d’ailleurs la première fois qu’on en dispose... Ce qui conduit la Cour des comptes à suggérer au de publier, chaque année, le montant des aides accordées à chaque titre. Il serait temps !

Des chiffres qui disent à eux seuls, mieux qu’une démonstration à la Bourdieu, les liens entre le petit monde de la et les médias. La du pluralisme a bon dos qui cache un système tout à fait inimaginable dans bien des pays. La « grande » presse est sous perfusion étatique. Et, au fond, ne s’en plaint pas : il est quand même plus facile de tendre la sébile que de s’interroger sur la désaffection de ses lecteurs. Faut-il rappeler que 74 % des Français pensent que les journalistes sont « coupés des réalités et ne parlent pas des vrais problèmes des Français » ?

Des patrons de presse, de plus, particulièrement perspicaces. Figurez-vous que 58 % de l’argent du Fonds d’aide à la modernisation de la presse a servi à acheter... des rotatives. Internet ? connais pas. On ne s’en étonnera guère. Ouest a perdu 5 millions d’euros en 2012. C’est la première fois dans l’histoire du quotidien breton, toujours dirigé par François-Régis Hutin. 83 ans.

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15 février 2013

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