Qu’est-ce que le « private re-homing » (changement de foyer privé) ? Une pratique usuellement réservée aux animaux consistant à échanger entre internautes de petites bêtes de compagnie. Mais depuis quelque temps, à la faveur de Facebook et Yahoo!, le petit trafic s’étend… aux enfants adoptés !

Une journaliste de Reuters a enquêté durant dix-huit mois sur ces foyers américains se débarrassant à bon compte d’une progéniture devenue par trop pénible à éduquer. Son reportage, intitulé « The Child Exchange », vient de sortir. Effrayant, dit-on. Effrayant, mais surtout parfaitement logique, non ? Alors qu’entre PMA, GPA, et adoption par les couples homosexuels émerge peu à peu le concept de droit inaliénable à l’enfant, il est normal que celui-ci, dans un esprit de justice, s’accompagne d’un certain nombre de garanties. On ne voit pas bien pourquoi certains parents se verraient attribuer un mauvais numéro sans voie de recours possible.

Le diagnostic prénatal est déjà un contrôle qualité à la source. Éliminés, les lots défectueux. Et le biologiste qui « trie » les embryons ressemble en tous points au paysan de l’Aubrac qui jauge sa portée de chiots nouvellement nés. Lequel d’entre eux sera le plus vigoureux et rendra les meilleurs services ?

On vient d’apprendre qu’à Manchester, le parquet a décidé de ne pas poursuivre deux médecins ayant pratiqué des avortements sélectifs liés au sexe du bébé, en l’occurrence féminin… ce fameux « gynocide » dont parle l’écrivain Sylvain Tesson, importé d’Inde et du Pakistan. Je le répète, il est normal que ce droit à l’enfant s’accompagne de quelques garanties. Quand on espérait un labrador, quelle déception d’apprendre que l’on va finalement accueillir un chihuahua.

Un peu de cohérence : ce droit à l’enfant vise à réparer une discrimination, pas à en générer d’autres. Une prévention s’impose donc, mais aussi un service après-vente : qui pouvait imaginer que votre poupon souriant deviendrait un gamin hyperactif, puis un ado aimable comme une porte de prison ? Et que celui du voisin serait tout l’inverse, toujours prêt à faire ses devoirs, à dire bonjour à la dame et à mettre le couvert ? Quelle injustice !

Alors voilà, on est un peu tenté. Un peu tenté, surtout pour ces enfants adoptés qu’un début de vie chaotique a rendu difficiles à élever, de les renvoyer à l’expéditeur ou de les échanger sur eBay comme ces cadeaux de Noël qui, réflexion faite, ne font pas tellement plaisir : “échangerait grand dadais boutonneux de 14 ans contre deux petites filles modèles de 7. Cède gratuitement gamin de 10 ans très peu servi…”

Jusqu’où va nous mener cette course effrénée pour le « droit à l’enfant » ? À cela, sans doute.

13 septembre 2013

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