Editoriaux - International - Politique - 16 avril 2015

Cecil Rhodes, bouc émissaire de la gabegie de l’ANC

La province du Cap, en Afrique du Sud, est, jusqu’ici, la seule de cet immense pays à surnager dans un océan qui devient dangereusement houleux depuis que le pays a été “libéré” de son système d’apartheid en 1994. Le formidable espoir de réconciliation qui avait animé ce pays avec l’héritage pacifique livré par Nelson Mandela à son peuple est en train de fondre comme neige au soleil.

La récente décision d’un Conseil spécial de l’université de Cape Town d’enlever la majestueuse statue de Cecil Rhodes 1, qui trônait depuis 1934 devant le terrain de rugby de la plus célèbre université de l’Afrique du Sud, est l’illustration inquiétante de ce regain de jalousie. On commence à penser, aujourd’hui, que Mandela était l’arbre qui cachait la forêt d’une gabegie qui est en train de gagner l’ensemble du pays sur les plans économique et social, avec une croissance qui frise le un pour cent, un chômage toujours plus haut et une violence qui semble aujourd’hui incontrôlable (200 fermiers tués dans l’indifférence générale en 2014).

Et c’est là où la traditionnelle fuite en avant de ceux qui n’en peuvent plus de faire face à leurs propres contradictions redémarre de plus belle. Le pays des vignes heureuses, comme on a coutume d’appeler la province du Cap, dirigée par Helen Zille, ancienne militante anti-apartheid, n’en finit pas de rendre jaloux ses petits copains de l’ANC qui sont aux affaires dans le reste du pays. Cette femme de caractère a eu le toupet d’imposer deux choses, contre l’autorité des nouveaux maîtres de Pretoria. D’abord d’être née blanche et ensuite d’avoir créé, en 2000, un nouveau parti politique, le DA (Democratic Alliance), pour lutter contre toutes les dérives de l’ANC (African National Congress) de Jacob Zuma, le président sud-africain.

Et c’est ainsi qu’elle a rallié derrière elle la totalité des métis de la province du Cap et des blancs qui y habitent. Ses résultats ont été spectaculaires sur tous les plans, au point de rendre jaloux les maîtres de Pretoria qui n’en finissent pas de patauger dans les scandales d’État. Aux dernières élections législatives, son parti a réuni 24 % sur le plan national. De là le désir de l’ANC de contaminer la province du Cap en y laissant s’infiltrer le poison de la fuite en avant et des éternels boucs émissaires.

Force est de constater, aujourd’hui, que l’esprit de revanche dans ce pays qui rayonnait, il y a quelques années encore, économiquement sur le reste de l’Afrique est en passe de libérer les mauvais démons de la destruction des vestiges du passé pour justifier l’injustifiable : la régression d’un pays jadis modèle pour le reste du continent…

Notes:

  1. Cecil Rhodes (1853-1902) : homme d’affaires et homme politique britannique, fondateur de la British South Africa Company et de la compagnie diamantaire De Beers.

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