Si jeune et déjà fils de prince, comme dit à peu près Feydeau. Le royal baby de 3 kilos 800 s’était tout juste donné la peine de naître qu’il avait droit d’office à l’attention, à l’affection et aux attentions de nos amis grands-bretons, et accessoirement à la une et au prime time des journaux et des télévisions du monde entier. Et ce n’est qu’un début. Rien ne nous sera épargné dans les jours, les semaines, les mois puis les années qui viennent, ni sa première sortie, ni sa première dent, ni ses premiers pas, ni sa première apparition au balcon de Buckingham Palace, ni son entrée en maternelle, ni son admission à Eton, ni son premier flirt, ni ses premières frasques, ni son service militaire dans la marine, ni son passage éclair sur un front de guerre, ni ses fiançailles, ni son mariage, ni son premier enfant…

Un déluge de tee-shirts, de napperons, de théières, de mugs, de tasses, de soucoupes à l’effigie du royal marmot, mais aussi de fadaises, de balivernes, de racontars, d’indiscrétions, de photos volées va déferler sur le royaume uni dans la grande niaiserie des attendrissements collectifs pour la plus grande satisfaction des lecteurs et le plus grand profit des propriétaires de quotidiens bas de gamme et de magazines people. Témoins des accès périodiques d’hystérie que suscitent chez un peuple réputé flegmatique et même froid les funérailles, les naissances, les mariages et les divorces des Royals, nous sommes bien souvent partagés entre la tentation du sarcasme, la nostalgie des quarante rois qui sont censés avoir fait la France et du régime, à jamais ancien, qu’ils incarnaient, et surtout l’étonnement.

Ce phénomène propre à nos voisins d’outre-Manche n’est pourtant pas si surprenant. Même s’il lui est arrivé une fois, comme à nous, mais par une sorte d’inadvertance, de couper très proprement la tête à son monarque, ce pays n’a jamais rompu avec la royauté. Ce que célèbre en toutes occasions le peuple britannique, c’est un pacte fédérateur avec lui-même, des noces aujourd’hui millénaires entre la nation et la dynastie qui, pour le meilleur et pour le pire, à travers mille vicissitudes, identifiée à toutes les gloires, à toutes les grandeurs, à toutes les crises, à toutes les épreuves traversées en commun, est comme un fil continu qui traverse les siècles.

Cette famille, toujours la même malgré les accidents de parcours, les révolutions, la transformation progressive qui a graduellement métamorphosé le pouvoir le plus absolu en la plus constitutionnelle, la plus décorative, la plus protocolaire et la plus archaïque des monarchies, c’est leur famille. Tant de souvenirs, tant de joies, tant de larmes, dans le deuil ou dans la joie… Ce bébé, ce n’est pas un bébé, c’est l’Histoire.

24 juillet 2013

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