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Editoriaux - Religion - Société - Table - 20 octobre 2015

Le catholicisme « obnubilé par la procréation » est une légende créée par les libertins sentimentalistes

La militante féministe Élise Elisseievna évoquait ici récemment la tentation Lyssenko à laquelle l’Église catholique aurait succombé pendant le Synode sur la famille, traitant ces jours-ci de l’homosexualité.

Le postulat de l’auteur part d’un fantasme personnel. Elle n’a pas compris ce que dit l’Église sur le lien entre mariage et fécondité. La tentation de Lyssenko (faire de la science une vérité totalitaire et un alibi dogmatique pour ne pas penser), ce n’est pas l’Église catholique qui y succombe, mais précisément l’auteur du précédent article.

Le catholicisme « obnubilé par la procréation » est majoritairement une légende créée par les libertins sentimentalistes qui n’accueillent paisiblement ni le mariage, ni la différence des sexes, ni la maternité, ni la beauté du célibat, comme le montrait le cardinal Ratzinger en 2004 :

Même si la maternité est un élément fondamental de l’identité féminine, cela n’autorise absolument pas à ne considérer la femme que sous l’angle de la procréation biologique. Il peut y avoir en ce sens de graves exagérations, qui exaltent une fécondité biologique en des termes vitalistes et qui s’accompagnent souvent d’un redoutable mépris de la femme. […] Ce n’est pas en se contentant de donner la vie physique que l’on enfante véritablement l’autre. La maternité peut trouver des formes d’accomplissement plénier même là où il n’y a pas d’engendrement physique.

L’Église catholique ne considère pas les actes homosexuels comme une abomination du fait qu’ils s’opposeraient au schéma de couple et de famille de l’hétérosexualité. D’ailleurs, Elle ne défend pas l’hétérosexualité, qui est le diable déguisé en différence des sexes, mais Elle défend la différence des sexes couronnée par l’amour. L’Église s’oppose aux actes (sentimentaux compris) homosexuels parce que ceux-ci rejettent, plus ou moins consciemment, la différence des sexes. Et sans l’accueil de cette différence fondatrice de notre existence et de notre personne, il n’y a pas d’amour possible. Il n’y a même pas d’amitié vraie possible. L’amour, c’est l’accueil de la différence des sexes. Cela n’a rien à voir avec une obligation à se marier ou à procréer, ni avec une idéalisation de tous les couples intégrant la différence des sexes : il existe des couples femme-homme qui incorporent celle-ci, mais qui ne l’honorent pas. On le voit suffisamment autour de nous, et même dans l’Église ! Cette vérité inconditionnelle de l’accueil de la différence des sexes pour qu’il y ait de l’amour concerne déjà tout rapport humain (amitié, existence, célibat) et toute amitié.

Si les textes de l’Église catholique ne sont pas suffisamment clairs, ce que j’admets volontiers, c’est principalement au sujet de la forme concrète que prend la « chasteté » demandée aux personnes durablement homosexuelles, à savoir le célibat continent. La curie romaine est tétanisée à l’idée d’avoir à renvoyer toutes les personnes à l’orientation sexuelle profondément enracinée à la joie et à l’exigence de leur propre célibat sacerdotal (mais, en plus, sans le sacrement de l’ordre !), tétanisée de proposer un célibat que bien des célibataires consacrés n’expérimentent pas et auquel ils croient de moins en moins. En effet, il est bien beau de dire « On vous accueille et on ne vous juge pas… », mais ensuite, quel chemin vocationnel concret de vérité et de sainteté est proposé aux personnes homos, à part les concepts flous d’« amitié » et de « chasteté » ? L’Église n’a pas encore trouvé sa précision et son audace pour annoncer la couleur de la croix spécifique offerte aux personnes durablement homosexuelles.

Élise Elisseievna se contente de traîner insidieusement l’Église en procès d’homophobie inconsciente et bien intentionnée, tout en cultivant l’amalgame entre chasteté et virginité (la chasteté des couples mariés n’est pas la continence) ou entre amitié et amour. J’aurais préféré l’expression d’une prière à l’Esprit-Saint pour inspirer les cœurs des participants d’un Synode qui n’est pas terminé.