L’épidémie étend ses ravages. Alors même qu’on annonçait qu’Ebola était éradiquée en Guinée, un nouveau cas de macronite aiguë était signalé en . La semaine dernière, Le Point, atteint par le virus, consacrait sa couverture et un dossier substantiel au ministre de l’Économie sur le thème : «  président ! » Hier, c’était au tour du Parisien de présenter tous les symptômes de la maladie. Sur la base d’un sondage, le quotidien plaçait le petit prodige du gouvernement Valls, son Mozart made in ENA, en tête (avec 55 % des suffrages) des personnalités en qui pourrait s’incarner le nécessaire renouvellement de la politique. Suivaient, dans l’ordre, -Le Pen, , Laurent Wauquiez, . Rien que du solide, comme on voit, du sûr, du prometteur, du garanti grand-teint, de l’inoxydable, de l’incassable et, pour tout dire, du jeune, du jeune, du jeune…

Il n’est pas surprenant qu’Emmanuel Macron mène ce peloton de futurs champions. Non seulement l’ancien (déjà) secrétaire général adjoint de l’Élysée n’a que trente-huit ans – ça lui passera -, mais il est beau garçon, avenant, souriant, élégant, brillant, mirobolant, ambitieux, intimement et visiblement persuadé de sa supériorité, mais il plaît – ou du moins il convient à tous dans la mesure où, ancien banquier (déjà, bis) et profondément acquis au libéralisme, il rassure la droite, tandis que, membre d’un gouvernement nominalement socialiste, il n’est pas encore incompatible avec la . Il ferait, n’est-ce pas, un superbe Premier ministre d’union nationale RPS. Et surtout, cerise sur le cadeau, il a affirmé avec hauteur, épousant la mode du moment, que, porteur d’un destin national, il ne s’abaisserait pas, comme le vulgaire, à briguer l’onction du suffrage universel par le biais d’une vulgaire candidature à un siège de député. À d’autres les lentes ascensions qui conduisent d’un modeste mandat local à un siège au Parlement, puis à un maroquin ministériel… Non, l’Élysée tout de suite. Ou rien. À prendre ou à laisser.

Voilà un (jeune) homme qui va dans le sens de la démagogie et de l’antiparlementarisme ambiants, nourris par le dégoût du spectacle que nous donnent la politique et les politiciens, qui conduisent tant d’irresponsables à jeter le bébé avec l’eau sale de son bain et à s’en remettre à un éventuel inconnu providentiel et présidentiel, à l’essai. Soyons fous : on verra bien si ça marche, et si ça ne marche pas, tant pis, ça ne peut pas être pire…

De fait, le sondage du Parisien ne se limite pas à nous désigner les personnes par qui passerait le renouveau. Les sondés rivalisent d’audace pour préconiser les mesures qui, selon eux, le permettraient. À 86 % ils voudraient en finir avec le cumul des mandats, à 84 % ils voudraient contraindre les hommes politiques élus à démissionner de la fonction publique, à 81 % limiter à dix ou quinze ans la possibilité d’exercer un mandat électif, à 70 % imposer une limite d’âge au-delà duquel on n’aurait plus le droit de se présenter, et enfin obliger les partis à proposer sur les listes de candidats un minimum de salariés du privé, d’ouvriers et de candidats issus de la diversité ! Que de merveilles, que de remèdes miraculeux qui guériraient instantanément la République et la France de la qu’elles traversent.

Le sage, dit l’apologue chinois, désigne du doigt la lune. Les sots ne regardent que son doigt.

Les insensés ! Ils proposent des solutions radicales à de faux problèmes. Ils ne voient pas de quels maux et de quels vices nous crevons en effet.

Ils ne voient pas que si les grands partis, énormes machines électorales sans principes et sans âme qui ne rassemblent plus que des élus et leur clientèle de porte-serviettes, de porte-flingues et d’employés territoriaux, font tranquillement leur petite tambouille malodorante au coin de leur petit feu, c’est parce qu’ils ont été progressivement désertés par tous ceux qui ont des convictions, de l’honneur et du caractère. Ce ne sont pas l’existence et le pluralisme des partis qui mettent en péril notre démocratie, ce sont leurs mœurs et en particulier les bases sur lesquelles ils sélectionnent leurs dirigeants, et dont deux personnages comme MM. Hollande et Sarkozy sont, pour notre malheur, emblématiques. Ils ne comprennent pas que, bien loin de punir comme ils le croient ceux qui déshonorent la politique en s’en détournant, en s’abstenant, en oubliant l’intérêt public pour leurs intérêts personnels, ils font le jeu des installés qui n’en demandent pas tant et qui redoutent plus que tout le raz de marée de votants et la sainte colère qui les balaieraient. Ils laissent ainsi le champ libre aux magouilleurs, aux corrompus, aux pourris, indéfiniment et scandaleusement reconduits dans leurs fonctions en dépit de l’opprobre et des condamnations. Ils veulent encore rajouter des quotas, des catégories et des interdictions à tous ceux qui déjà encadrent et dénaturent un système politique sclérosé. Ils se disent dégoûtés de la situation qu’ils ont créée et qu’ils entretiennent. Ils voudraient qu’une carrière s’achève avant d’avoir commencé et ne s’intéressent qu’à la durée du parcours au lieu de prendre en compte son contenu.

La France serait bien sûr sauvée si quelques grands jeunes énarques bien propres et bien élevés présidaient à ses destinées ! Observera-t-on qu’à l’aune des propositions si révolutionnaires que plébiscitent les sondés du Parisien, elle aurait dû se passer des services de Thiers, de Gambetta, de Jules Ferry, de Clemenceau, d’Aristide Briand, de Léon Blum, de Pierre Mendès France et du général de Gaulle ? Au fait, qu’en penseront MM. Macron, Le Maire et Wauquiez, disons, d’ici dix ans ?

2 janvier 2016

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