Il y a peu, je m’interrogeais sur Boulevard sur le salaire du PDG d’Air au regard de la situation réelle de l’entreprise. Vous allez croire que je fais une fixation sur ce sujet car, aujourd’hui, c’est au salaire du PDG de Renault que je veux m’intéresser. On apprend que le conseil d’administration vient de voter le maintien de son salaire trois fois plus élevé que la moyenne des patrons du CAC 40, contre la décision de l’Assemblée générale des actionnaires ! Et l’on voit la connivence au sein du microcosme des administrateurs qui se renvoient l’ascenseur et font fi de la volonté démocratique des petits actionnaires, comme le fit avec le vote populaire sur le traité européen.

Ce n’est pas tant le montant cumulé de ses deux salaires (Renault et Nissan) qui m’interpelle que la signification et la motivation de tels montants. Car ce n’est pas qu’une question de salaire, le sujet est plus important qu’il n’y paraît. Prenons deux contre-exemples bien connus.

La famille Michelin a bâti une entreprise avec le souci des solutions innovantes qui font sa réputation et de son développement au profit de tous. François Michelin vivait simplement dans la maison familiale puis se retira dans une maison de tenue par des sœurs sans bonus ou prime de départ. Il n’était pas à plaindre et c’est normal, mais il utilisait son argent pour aider et servir autrui et le bien commun. À un important collaborateur qui refusait une augmentation car il gagnait déjà beaucoup, Michelin lui répondit que ce n’est pas un mal de gagner beaucoup dès lors que cet argent est utilisé intelligemment pour en faire profiter la société.

Un autre contre-exemple : Louis Gallois, ancien patron de la SNCF et d’ Group, qui s’inscrit dans cette sensibilité des catholiques sociaux. Lui aussi a toujours vécu avec simplicité dans sa maison de la périphérie parisienne et limité ses revenus à une « juste rémunération » même lorsqu’il était PDG du premier avionneur mondial. Et lorsqu’il était interrogé sur sa rémunération au regard des autres grands patrons, il répondait qu’il ne voyait pas l’utilité de gagner autant et que cela ne l’empêchait pas de bien faire son travail.

Ces deux grands patrons avaient d’autres valeurs et motivations que l’appât du gain. Ils concevaient leur mission de PDG comme un service à rendre aux salariés, à l’entreprise et aux actionnaires. Ils n’en furent que plus heureux et plus humains dans leurs relations avec les autres.

Qu’est-ce qui motive aujourd’hui Ghosn et les autres grands PDG ? Favoriser l’épanouissement des salariés et la satisfaction des clients dans une démarche équilibrée en se souvenant qu’un chef est d’abord un serviteur d’autrui ? Ou mettre sous pression permanente les salariés pour atteindre impérativement des objectifs de rentabilité pour satisfaire quelques gros actionnaires et toucher des bonus en fin d’année ?

Vision industrielle et humaine contre vision financière et hédoniste de l’activité économique.

2 mai 2016

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

GPA : après la décision de justice vient le temps de l’offensive médiatique

En l’espace de trois jours, les interviews de promoteurs de cette pratique se sont multipl…