Saint-Florent est une petite ville pittoresque, très touristique durant la période estivale, blottie au fond d’un golfe magnifique, entre port de plaisance et vieille citadelle génoise. De hautes montagnes surplombent le golfe. Les environs de la ville sont parsemés de vignes qui produisent d’excellents crus, sous l’appellation d’origine contrôlée « Patrimonio », du nom du village voisin.

Lorsque l’on quitte Saint-Florent pour se diriger vers Patrimonio et Bastia, la route longe la rive est du golfe pendant quelques kilomètres. Le touriste pressé ne remarquera sans doute pas le petit cimetière militaire coincé entre la route et la mer Méditerranée. J’aime y emmener les amis et les visiteurs venus découvrir la Corse. Ce petit cimetière compte trente tombes, toutes identiques, surmontées d’une stèle portant le nom du soldat qui y repose ainsi que celui de son régiment. La forme de la stèle est particulière, sa partie supérieure est de style mauresque et elle porte une inscription en belle calligraphie arabe, surmontée du croissant et de l’étoile. On l’aura compris, l’endroit est un cimetière militaire musulman, lieu du repos éternel de 30 tabors marocains morts, comme cela est indiqué sur chaque stèle, pour la France. Tous sont tombés les 30 septembre et 1er octobre 1943, dans les combats acharnés qui permirent la prise du col de Teghime, dernier verrou empêchant la libération de Bastia. Les Allemands offrirent une résistance farouche à l’avance des Forces françaises libres vers le col, car ils avaient grand besoin du port de Bastia pour évacuer leurs troupes et leur équipement militaire vers la Toscane et l’ du Nord.

Au col même, à 536 mètres d’altitude, un mémorial a été érigé, et un canon, pris à l’ennemi, y est exposé. La haute stèle centrale porte une plaque de marbre sur laquelle est gravé un aux hommes tombés pour la prise du col avec, au-dessus, l’insigne du régiment, un poignard recourbé. Deux stèles plus petites encadrent le monument central, l’une porte une croix, l’autre un croissant et une étoile.

caporal MohaLes tabors marocains sont morts loin de chez eux, pour une patrie qui n’était pas la leur mais que, sans doute, ils aimaient, à leur manière. Leur contribution à la libération de la Corse et à celle de la France mérite d’être rappelée, ce que je fais chaque fois que j’emmène amis et visiteurs au cimetière de Saint-Florent ou au col de Teghime. Je pense beaucoup à ces tabors depuis ce vendredi 21 août 2015, depuis que j’ai appris qu’un Marocain de 25 ans qui pourrait être le petit-fils ou l’arrière-petit-fils de l’un d’eux est monté à bord d’un train à grande vitesse avec l’intention manifeste de massacrer les passagers se trouvant à son bord. Moha, caporal au 60e goumier, et ses 29 camarades, sont morts pour la France en 1943. Ayoub El Khazzani, 72 années plus tard, a tenté de massacrer de paisibles voyageurs qui ne lui avaient causé aucun tort. Le caporal Moha et El Khazzani sont venus de la même terre, et l’ est leur religion. Ce sont là leurs seuls points communs, semble-t-il. Car le premier a donné son sang pour les autres tandis le second a voulu verser le sang d’autrui.

D’autres El Khazzani sont en train de préparer d’autres actions au nom d’un Dieu et d’un prophète qui n’en demandent pas tant. Des centaines de jeunes semi-délinquants de banlieue et d’ailleurs rêvent probablement de réussir là où El Khazzani a échoué et de mourir en martyrs après avoir vécu en ratés. Ces jeunes-là ont-ils jamais entendu parler de ces tabors qui donnèrent leur vie pour la France et pour la victoire de la contre la barbarie nazie ? Plus que jamais, il convient de rappeler le souvenir du caporal Moha et de tous ses camarades, afin que leur exemple puisse avoir une chance de supplanter celui d’un minable trafiquant de drogue apprenti djihadiste. Je serais heureux d’amener un jour des représentants de cette nouvelle génération de Français musulmans ou de jeunes Marocains visiter le cimetière de Saint-Florent afin qu’ensemble nous puissions rendre hommage à Moha et à ses camarades.

24 août 2015

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