Il dit qu’il va tirer la leçon. Mais il laisse dire qu’il va tenir le cap. Il faudrait savoir. Choisir entre la leçon et le cap. Le cap, c’est l’orientation imprimée par son prédécesseur, poursuivie et accentuée par lui. La rigueur, l’austérité, la punition. L’alourdissement des impôts, la compression des dépenses publiques, l’inexorable progression du chômage en dépit de la sinistre farce des emplois aidés, l’asphyxie progressive de notre économie. Et tout cela pour satisfaire aux engagements imbéciles pris par les gouvernements successifs que subit la France depuis vingt ans, de répondre en bon élève aux exigences de la Commission de Bruxelles, puis de la Banque centrale européenne, enfin du Fonds monétaire international et de l’Organisation mondiale du commerce, de faire tomber notre déficit au-dessous de 3 % du PIB, d’accepter le libre-échange des biens et la libre circulation des personnes, alibis et masques du dumping commercial et du dumping social qui sont les fondements de la concurrence déloyale à laquelle nous sommes confrontés et qui, après avoir mis à mal notre industrie, va ruiner notre agriculture. D’autres, avant nous, ont emprunté ce chemin et suivi ce calvaire. Le sort qui nous attend est celui qu’ont connu et que connaissent la Grèce, le Portugal, l’Espagne, étranglés par une solidarité de banquiers et d’usuriers qui se payent sur la bête plutôt que de venir en aide aux hommes.

Il sait qu’il nous conduit au désastre. Il a entendu la voix du peuple. Il sait que ce qu’on attendrait d’un gouvernement français, c’est qu’il prenne en compte les intérêts et les revendications des Français, qu’il envoie bouler les normes, les règlements, les contraintes qui ont fait de ce pays un vieillard sous curatelle ou un mineur sous tutelle, en tout cas une personne diminuée qui n’a plus la maîtrise de son budget, le contrôle de ses frontières, l’autonomie de sa monnaie, et qui subit sans regimber (jusqu’à présent) l’humiliation d’avoir été mis sous la « surveillance renforcée » d’autorités supranationales. Mais que pourrait-il faire ? Comment pourrait-il changer de cap ?

Tenu et ligoté par les traités inégaux que le premier a négociés, que le deuxième a signés et que lui-même a ratifiés, Captain Cap n’a pas la moindre marge de manœuvre. Et c’est pourquoi, ayant abandonné la barre et croyant ou feignant de croire que le naufrage est pour ses successeurs, il laisse le Titanic courir sur son erre, non pas droit dans le mur – comme on le dit trop souvent sans souci de la cohérence des métaphores – mais droit sur l’iceberg fatal.

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